"Ça se passe bien", analyse Thomas Pesquet mardi 18 août sur France Inter au sujet de la sortie dans l'espace de Sophie Adenot pour réparer une antenne, et qui devient ce jour la première astronaute française à sortir dans l'espace, depuis la Station spatiale internationale (ISS)."Ce n'est pas une opération compliquée", poursuit Thomas Pesquet qui rappelle que "c'est une première sortie et quand c'est une première sortie on découvre évidemment la sensation, la manière de bouger". "On a beau se préparer en piscine, ce n'est pas la même chose", sourit l'astronaute, dernier Français à être sorti dans l'espace. À lire aussi Équipage international, collecte de données, recherche médicale… Qu'est-ce que l'ISS et pourquoi faut-il l'entretenir ? Il explique les différences justement avec la piscine où "il n'y a pas le vide", ni "l'alternance entre le jour et la nuit qui peut être vraiment surprenante parce que la nuit, tout à coup, on ne voit vraiment plus rien". Autre différence avec l'entraînement, le fait d'être "dans tous les sens", à tel point que "parfois on ne sait même plus par quel côté on est arrivé et par quel côté il faut repartir".Thomas Pesquet se souvient de ses propres sorties extra-véhiculaires et reconnaît que ça peut faire peur : "C'est effrayant quand on est attaché à la station, parce que tant qu'on a la sensation physique du poids, quand on est accroché, le corps se dit que ça va bien. Sur Terre, on a toujours la sensation physique du poids mais là, d'être accroché avec une longe qui ne va pas être tendue, qui va flotter et de lâcher la station, le corps interprète ça comme une chute parce qu'il ne connaît que ça".

Et Thomas Pesquet d'ajouter : "Une chute, plus l'autre information qui est qu'on est à 400km, on a l'impression qu'on va mourir. Et donc lâcher la station même quand on est attachés, c'est très désagréable". Une sortie dans l'espace reste "intense"Malgré la préparation, une sortie dans l'espace reste "intense", assure Thomas Pesquet qui explique que "c'est chorégraphié à la minute près". "Il y a des centaines d'heures qui sont passées pour que tout soit optimisé", assure l'ingénieur aéronautique qui détaille : "Quasiment le moindre geste, on sait dans quel ordre on le fait, on exécute la partition et on l'exécute tellement qu'on oublie de regarder dehors".Sur ce point, Thomas Pesquet se veut rassurant, "il y a toujours un moment où la partition s'arrête, il y a des petits temps morts, on attend que l'un ait fini sa tâche et on a besoin de lui pour la suite et c'est vraiment à ce moment-là qu'il faut se dire 'Je vais sortir mon appareil photo, vite' et regarder un peu dehors".

Et Sophie Adenot ne fait pas exception : "On voit qu'il y a ça qui se passe de temps en temps, je vois l'appareil photo qui sort et donc on espère qu'elle va s'imprimer des choses dans la rétine et dans le cerveau".Thomas Pesquet confie que lors de la première sortie extra-véhiculaire, "le cerveau a du mal à intégrer" parce qu'il "se passe plein de choses" et qu'"on n'en a pas vraiment le souvenir". Par contre, la deuxième fois, "on est dans une expérience connue et donc là, on imprime, on se fait des souvenirs, on en profite un peu plus. La première c'est une expérience sensorielle très forte et c'est difficile d'en ressortir des choses très précises, enfin pour moi en tout cas", raconte celui qui est sorti six fois au total lors de ses deux séjours dans l'ISS."C'est encore un plafond de verre qui se soulève et on espère qu'il y en aura plein d'autres"Questionné enfin sur le modèle que représente Sophie Adenot, l'astronaute français estime que "c'est assez fou qu'il ait fallu attendre 2026 pour qu'une femme française fasse une sortie extra-véhiculaire". Il rappelle avoir eu la chance de voler avec l'Amécaine Peggy Whitson "qui en a fait 10" et qui est donc "la record-woman". "On a attendu un petit peu trop longtemps", poursuit le Français qui ajoute : "Ça veut dire qu'elle est reconnue à un niveau de capacité élevé parce que la Nasa [...] ne prend pas la décision d'envoyer les gens dehors si elle n'a pas confiance. C'est encore un plafond de verre qui se soulève et on espère qu'il y en aura plein d'autres".

À lire aussi : Reportage "Moi aussi, je veux aller dans l'espace !" : dans cette classe de maternelle, l'expérience ChlorISS, menée avec l'astronaute Sophie Adenot, éveille des vocations Thomas Pesquet reconnaît que "c'est important d'avoir des figures hyper positives féminines, surtout dans des métiers qui sont vus comme étant réservés aux hommes". "Si on n'arrive pas à rêver et à se projeter étant petits, on n'a pas cette démarche qui va nous amener ensuite vers ces métiers-là", affirme l'astronaute qui regrette toutefois qu'il n'y ait pas "encore la parité dans les équipages" et "dans les astronautes" mais qui assure que "la courbe augmente, pas assez vite mais elle augmente". Sophie Adenot est devenue mardi la première astronaute française à sortir dans l'espace, depuis la Station spatiale internationale (ISS), en compagnie de l'Américain Anil Menon. Les deux astronautes sont au travail pour remplacer une antenne nommée Space-to-Ground, ou SGANT. La mission doit durer environ 6 heures et demie, à 400 kilomètres au-dessus de la Terre.