Le Premier ministre et une partie du gouvernement se rendent lundi 17 août en Gironde. La Porge a essuyé le plus gros des destructions causées par le mégafeu de Gironde, parti de Saumos le 22 juillet, qui a parcouru 42 000 hectares et entraîné l'évacuation de plus de 220 000 personnes.

À lire aussi Incendies en France : Sébastien Lecornu hué à son arrivée au Porge - Suivez notre direct Sur les 240 maisons que compte le village, 183 ont été détruites. La moitié de la forêt communale est partie en fumée et la saison touristique a été en grande partie annulée. Sébastien Lecornu vient donc en Gironde "lancer la reconstruction", mais ne prévoit pas de rencontrer les habitants. Seul un entretien hors caméra avec le maire du Porge est prévu, avant une table ronde avec "les élus et acteurs socio-économiques de la reconstruction", dans la banlieue bordelaise."C'est un truc de fou"Au Porge, la colère et l'émotion sont toujours très vives, notamment chez Alexy. Il est locataire sur la longue avenue du bassin d'Arcachon, que l'on a tant vu à la télévision et en photos. Du gouvernement, il n'attend "rien du tout". "Ils ont leurs yeux pour voir, on n'a pas besoin d'ajouter une parole. C'est déjà trop, ce qu'il s'est passé", lâche-t-il. Alexy, au milieu des décombres de sa maison, avenue du bassin d'Arcachon, au Porge. (MARIE MUTRICY / RADIO FRANCE) Alexy a cherché tout seul un autre logement, pour sa femme, sa petite fille de 8 mois et lui. Ils signent pour s'installer à Andernos. "Le temps de rebâtir une avenue au complet, ça va être très très long, estime-t-il. Moi qui travaille au Teich par exemple, je suis obligé de passer sur l'avenue du bassin et je ne me vois pas tous les jours passer sur une avenue où tout est brûlé. Ça va rappeler trop de souvenirs.""Si c'est pour être mal pendant trois ans de reconstruction, ce n'est pas la peine."Alexy, Porgeais sinistréà franceinfoUn expert doit aussi passer dans ce qui reste de son logement. Au milieu des décombres, Alexy explique : "J'essayais justement de retrouver la carcasse d'objets. Je pensais qu'il y aurait dans le cabanon l'aspirateur, mais en fait, il est là". Il désigne également les restes de deux machines à laver et souffle : "C'est un truc de fou". Alexy conservait l'héritage de sa grand-mère dans une malle qui n'a pas échappé aux flammes. (MARIE MUTRICY / RADIO FRANCE) Pour les meubles, l'électroménager, cela devrait aller. Mais les souvenirs de sa grand-mère, qu'il conservait dans une malle, semblent difficilement estimables. "Il y a des verres en cristal qui ont été complètement déformés par la chaleur qui a dû émaner de la malle. C'est tout un héritage qui part en fumée. Ma grand-mère, ça a été toute mon enfance", s'attriste Alexy. Et ce n'est que pour sa partie de la grande maison qu'il habitait. Son propriétaire, lui, a tout perdu."J'ai craqué aujourd'hui"La visite du gouvernement intervient deux semaines après le retour des habitants chez eux. Après le stress de l'évacuation et le choc du retour, certains habitants subissent le contrecoup. Quand ils acceptent de témoigner au micro de franceinfo, beaucoup ont les larmes aux yeux, la gorge qui se serre. Depuis le 3 août et le retour au Porge, les habitants peuvent se rendre à l'école de la commune où a été installé un centre d'accueil. "La majeure partie des sinistrés que nous recevons ont besoin d'un appui psychologique", observe Dominique, bénévole à la Croix-Rouge et cheffe de secteur du centre d'accueil des impliqués du Porge.

À lire aussi : Témoignages "Je veux passer à des actions concrètes" : les incendies en Gironde leur donnent envie de devenir pompiers volontaires Le feu a détruit 183 maisons, mais son impact sur les esprits a été bien plus large. Le centre a déjà enregistré 850 personnes, dont Bernard, 75 ans, qui en ressort tout juste. "J'ai craqué aujourd'hui, avoue le Porgeais. Les larmes ont coulé. C'est dur." Malgré tout, il salue le travail du centre d'accueil : "C'est fantastique, ce qu'il se passe. La dévotion des gens, l'honnêteté, la loyauté… J'ai rencontré une assistante sociale impeccable. Je n'étais pas prêt, mais ça y est, je le suis"."Je dormais dans ma voiture mais ce n'est pas à cause des assurances, c'est que je ne voulais pas quitter ma terre." Bernard, 75 ansà franceinfoIl vient d'être relogé au camping municipal du Porge, un peu plus loin, au bord de la plage et de l'océan. Une étape gérée par l'assistante sociale de la commune, Coralie Mathias. "On le voit physiquement. Les personnes s'effondrent et puis elles sont terrifiées de l'avenir", relate-t-elle. Elle aide, tout en étant elle-même traumatisée. "Je suis la première à ne pas avoir encore fait le tour du Porge, reconnaît l'assistante sociale. Il y a plein de rues que je n'ai pas faites et que je ne suis pas prête à faire aujourd'hui, en tant qu'habitante du Porge".Le casse-tête de la reconstructionToutes les personnes rencontrées par franceinfo s'accordent sur l'utilité du centre. Aux dernières nouvelles, il devait rester ouvert jusqu'au mardi 18 août. Mais ensuite ? Que se passera-t-il quand les enfants retourneront à l'école ? Au Porge, de nombreuses questions restent en suspens.C'est pourquoi les Porgeais et Porgeaises demandent au gouvernement et à la mairie de simplifier les démarches pour la reconstruction, afin d'accélérer le processus. C'est par exemple une réclamation de Céline. Elle vient de récupérer de quoi manger et nourrir ses chiens, dans l'ancien court de tennis couvert, reconverti en centre de dons. Elle habitait derrière le supermarché. Chez elle, "il ne reste que les murs". Et avant d'entamer la reconstruction, Céline ne s'y attendait pas mais on lui a demandé "un permis de démolition", photos à l'appui.

Certains habitants s'interrogent : va-t-il falloir payer leur nouveau permis de construire ? Va-t-on pouvoir reconstruire au même endroit, exactement pareil ? Autant de questions qui s'inquiètent Sandra. "Tout le monde me dit que je n'aurais pas la maison à l'identique de ce que j'ai. J'avais une grande maison, parce que j'ai cinq enfants, un grand terrain", explique-t-elle.Mais c'est la colère qui prédomine chez elle, comme chez beaucoup d'autres. Alors elle compte bien rencontrer les membres du gouvernement lors de leur visite lundi en Gironde. Avec d'autres habitants, ils seront "habillés en noir pour leur dire qu'on est en deuil". À chaque conversation revient une question lancinante : que s'est-il passé ? Les Porgeais aimeraient savoir pourquoi leur village a été, selon eux, abandonné au feu.