'J’aurais aimé être au courant', regrette Elie Deblire, le bourgmestre de Vielsalm. ' Bien sûr, personne ne pouvait ignorer qu’il se passait quelque chose d’anormal. 'Tout le monde a bien vu le brouillard qui s’est abattu sur la région dimanche matin, raconte le bourgmestre. J’ai recommandé à un club de sport d’annuler les matchs prévus ce matin-là. C’était du bon sens.

' Sur cette image satellite, les fumées sont clairement visibles jusque dans le nord de la France, plus grisâtres alors que les nuages sont plus blancs et plus moutonneux. Les fumées des incendies des Hautes-Fagnes ont été 'poussées par les vents allant vers le sud, se sont retrouvées jusqu’au sud de la province de Namur', explique Nicolas-Xavier Ladouce, responsable de la thématique Services aux Publics chez RTBF.

'Elles ont été bloquées dans les basses couches de l’atmosphère dimanche matin à cause de la grisaille. ' Avec près de 800 microgrammes de particules fines par mètre cube d’air, toute la région au sud-ouest du plateau des Hautes Fagnes s’est retrouvée dans un nuage de pollution particulièrement nocif durant quelques heures.

Sur l’échelle publiée par le site officiel Wallonair, la qualité de l’air est qualifiée de 'bonne' entre 21 et 35 microgrammes de PM10 par mètre cube d’air, de 'mauvaise' de 96 à 110 et d''exécrable' au-dessus de 140. Concernant les particules les plus fines, de type PM 2,5, c’est à Vielsalm que les taux les plus élevés ont été enregistrés.

À midi dimanche, la station a enregistré 652 µ/m³ d’air de PM2,5 alors que la qualité est jugée exécrable à partir de 75 µ/m³ d’air, peut-on voir sur le site de Celine, la cellule interrégionale chargée de surveiller la qualité de l’air. Particules fines PM 2,5 ont atteint leur pic dimanche midi Les communes au sud-est de la Province de Liège, comme Malmedy, Stavelot, Trois-Ponts ou Lierneux ont été particulièrement touchées.

Poussée par des vents de direction sud-ouest, la pollution est descendue jusque dans le sud de la province du Luxembourg. À la station de mesures de Bastogne, par exemple, le pic de PM10 a encore atteint 228 microgrammes/m3. Idem en province de Namur à la station de Sinsin (Somme-Leuze) : 255 microgrammes/m3. )', explique le site internet de Wallonair.

'Quand il y a une combustion, elle produit toujours de la cendre mais aussi des petites particules qu’on ne voit pas', explique Anne-Claude Romain, directrice du laboratoire SAM ('Sensing of Atmosphere and Monitoring') de l’Uliège. 'Dont les particules fines, les fameuses PM10 et PM2,5. ' Une pollution qui peut donc avoir de graves conséquences sur l'espérance de vie.

'La pollution particulaire augmente le risque de mortalité, de maladies cardio-vasculaires et même de cancer des poumons', explique le site de Wallonair. 'Ainsi, notre espérance de vie s’en voit diminuer de plusieurs mois. De même, lors de pics de pollution, le nombre d’hospitalisations et l’absentéisme s’accroissent. ' Pas de doute : il valait mieux rester à l’intérieur et fermer les fenêtres dimanche matin.

Alors pourquoi l’information n’a-t-elle pas été envoyée plus tôt à la population ? Rester autant que possible à l’intérieur, fermer portes et fenêtres, arrêter la VMC ou couvrir les grilles d’aération d’un linge humide : les recommandations ont seulement été communiquées dimanche soir par l’Aviq, l’agence wallonne, notamment en charge de la santé environnementale.

Des messages d’alerte ont été postés sur les réseaux sociaux par des bourgmestres et les services de secours des zones Dinaphi, de Luxembourg et la zone de police Haute Meuse mais il n’y a pas eu de SMS Be-Alert envoyés aux citoyens. Les messages étaient surtout axés que le fait de ne pas saturer le 112 pour ces odeurs de fumées. 'Pour votre sécurité, adoptez les bons réflexes.

Fermer portes & fenêtres pour éviter que les fumées n’entrent dans votre habitation', peut-on lire sur une des publications de la zone Dinaphi le 16 août à 8h23. La chaîne de décision et d'information dans une telle situation de crise est assez complexe. L'alerte, au départ, doit être donnée par la Cellule interrégionale de l’environnement Celine, précisément chargée de la surveillance de la qualité de l’air et de la publication d’avertissements en cas de pollution.

'Les gouverneurs ou les bourgmestres dépendent des informations de la Région wallonne', explique Denis Mathen, le gouverneur de la province de Namur.

' Il faut que le seuil soit dépassé depuis 24 heures Ce mardi 18 août, personne ne semblait disponible pour une interview à la cellule interrégionale de l’environnement Celine, mais le porte-parole Philippe Maetz a expliqué à notre confrère l’Echo : 'Il faut que le seuil soit dépassé depuis 24 heures, que les prévisions montrent qu’il le restera encore 24 heures et, pour la Wallonie, que cela concerne au moins toutes les stations au nord du sillon Sambre et Meuse'.

Le dispositif de surveillance actuel serait 'conçu pour des épisodes de pollution liés par exemple au chauffage lors d’épisodes peu venteux, pas pour un panache de fumée qui a créé d’énormes concentrations durant quelques heures'. On imagine mal que la catastrophe de l’incendie des Hautes Fagnes ne soient pas le point de départ d’une réflexion pour améliorer la réactivité des pouvoirs publics dans ce genre de situation.

De l’autre côté de la frontière, en France, l’association chargée de la surveillance de la qualité de l’air, ATMO Grand Est, a déclenché une procédure d’alerte à la pollution atmosphérique ce lundi 17 août au matin après l’apparition, selon la préfecture d’un pic de pollution aux particules et oxyde d’azote et donnant comme raison, les incendies en Belgique. La population devait ainsi suivre des mesures de précaution comme éviter de 'faire du feu dans des foyers ouverts'.

000 masques FFP2 ont été distribués aux services de secours et aux populations plus vulnérables autour de la zone de l’incendie. 'Les dégagements de fumée vont durer des jours et des semaines', s’est exprimé Yves Coppieters, ministre wallon de la Santé. 'Nous sommes donc en train de mettre en place des endroits stratégiques où déposer des masques FFP2. '