Dans la commune du Porge, 183 maisons ont été détruites et des centaines d'hectares ont été brûlés par le mégafeu qui a pris à Saumos. Depuis son hôtel, Sophie Rocher a vu au loin le feu débuter, le 22 juillet un peu avant midi, dans le cadre d'un débroussaillage, et depuis elle se pose une question : "Pourquoi les travaux en forêt étaient-ils toujours autorisés jusqu'à 14 heures ? On avait eu une sécheresse exceptionnelle avec une chaleur exceptionnelle au mois de juin et les forestiers nous disaient : 'tant qu'on a le droit de travailler, on travaille'. On a besoin de réponses."
À lire aussi : Info franceinfo "Le Porge a été sacrifié" : un collectif d'habitants de cette commune de Gironde se constitue en vue d'une action judiciaire, après l'incendie qui a ravagé leurs maisons C'était un jour de vigilance rouge feu de forêt, confirme la préfète de la Gironde Sophie Brocas. Cet échelon déclenche des mesures automatiques. "En vigilance rouge, l'arrêté interdépartemental qui a été élaboré après les incendies de 2022 autorise les travaux de débroussaillage jusqu'en fin de matinée", précise-t-elle. Mais la préfète convient qu'il faut peut-être revoir les horaires et les précautions à prendre. "Il faut que les gens aient aussi des moyens d'extinction, des moyens de prévenir. Ça doit faire partir du réflexe. Il faut qu'on regarde ensemble ce qu'on peut faire de mieux"."Ils ne sont arrivés que quatre heures après"Sophie Brocas attend le retour d'expérience (Retex) avec tous les acteurs pour répondre à d'autres critiques sur la gestion du début du feu. Elles sont soulevées par quelques sylviculteurs du Porge, comme Didier Deyres. "Enfant du pays", comme il se présente, il est le vice-président de l'association DFCI (Défense de la forêt française contre les incendies), la prévention feux de forêts au Porge. D'après lui, l'incendie aurait pu être arrêté très vite grâce à un contre-feu, sur le champ voisin. "Vous avez un pare-feu. Pourquoi ce contre-feu n'a-t-il pas été allumé ici alors que c'est l'endroit idéal ?, interroge-t-il. Le contre-feu brûle doucement et quand les deux feux se rencontrent, il n'y a plus d'oxygène et pouf, il s'éteint".Mais les pompiers n'en ont pas reçu l'ordre. "Les commandements sont là pour ça", s'indigne Didier Deyres."S'ils avaient regardé un petit peu la carte IGN [Institut national de l'information géographique et forestière], c'est marqué : pare-feu de 50 mètres."Didier Deyres, sylviculteur, vice-président de la DFCIà franceinfo"Pour moi, c'est le BA-ba, souligne le Porgeais. Il faut qu'on écoute un peu plus les gens du coin comme nous, la DFCI".Un peu plus loin sur la route, André Prouvoyeur, sylviculteur là ou a commencé le feu, évoque de son côté une arrivée tardive des Canadair : "15h58, précise-t-il. Ils ne sont arrivés que quatre heures après. Le Dash est arrivé plus tôt. Mais les Canadair, c'est quand même eux qui mènent la danse en matière d'extinction", soupire-t-il.
À lire aussi : Reportage "Vers midi, il y a eu l'étincelle fatidique" : retour dans le fossé de Saumos où l'incendie qui a ravagé la Gironde a pris, il y a dix jours Le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Gironde explique "effectuer des analyses sur le scénario du feu" pour être sûr d'avoir des réponses sur tous les sujets, notamment sur la question des moyens des pompiers."On n'a pas eu de FR-Alert"Un collectif d'habitants du Porge a décidé de porter de plainte. "Il y a eu un couac quelque part, c'est certain", est convaincue Marie qui en fait partie. Comme pour beaucoup au Porge, le système FR-Alert d'évacuation n'a pas sonné sur son téléphone. "On n'a pas eu de FR-Alert, on a été évacué dans la nuit de jeudi à vendredi à 1h30 et c'est parce qu'on était dans la rue, raconte-t-elle. Les gens de la mairie sont passés en voiture en nous disant : il faut évacuer, vous partez par l'océan. Je pense qu'on aurait dû être évacués avant. I y a des questions auxquelles les gens doivent avoir des réponses pour avancer".Des questions "légitimes", admet Sophie Brocas qui entend y répondre. Le retour d'expérience prendra sans doute plusieurs semaines. "Le travail sera fait, avec rigueur, en toute transparence, promet la préfète. Le temps de la crise n'est pas le temps de l'explication". Selon des habitants du Porge en Gironde, l'incendie de Saumos aurait pu être arrêté beaucoup plus tôt. Reportage de Caroline Félix écouter (2:32)
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