En juillet 2025, les préfectures des Ardennes et de la Meuse interdisent de boire l'eau du robinet dans une quinzaine de communes, soit près de 3 000 habitants concernés. En cause, une pollution massive de l'eau et de l'environnement par des polluants éternels. Pendant des décennies, une papeterie de la région a épandu sur des terres agricoles des boues d'épuration chargées en PFAS.

À lire aussi PFAS dans les Ardennes : six communes annoncent porter plainte contre X, face au "déni du scandale environnemental", dénonce une élue Sur place, l'inquiétude est immense chez les habitants. Alors, depuis plus d'un an, les élus locaux se battent pour faire reconnaître leurs préjudices et trouver des solutions. Parmi eux, Annick Dufis, maire de la petite commune de Malandry, mène le combat : "On a tout de suite compris que c'était une catastrophe qui s'abattait sur nous. Nous avons été sidérés, parce que tous les rapports annuels sur l'eau dans la commune nous disaient qu'elle pouvait être consommée par tous. Et l'eau était vraiment de très bonne qualité. Elle l'est toujours si on ne tient pas compte des analyses de PFAS."Les élus veulent obtenir justiceL'inquiétude est de mise pour les habitants de cette petite commune. Annick Dufis elle-même, a découvert dans son sang un taux élevé de PFAS, des polluants éternels : "Nous n'avons pas de normes en France. Nous nous sommes donc pliés aux normes américaines, et le taux à ne pas dépasser est de 20 microgrammes par litre de sang, explique la maire. Or, les résultats de ma prise de sang étaient de 133 microgrammes par litre de sang"."Le ciel vous tombe sur la tête une deuxième fois, parce que vous vous posez des questions : est-ce que ça va avoir une incidence sur ma santé ? On pense tout de suite au cancer."Annick Dufis, maire de la petite commune de Malandryà franceinfoFace à l'ampleur de la pollution et aux coûts de dépollution qui leur sont demandés, les élus locaux ont d'abord le sentiment d'être abandonnés : "Au début, nous nous sommes sentis abandonnés parce qu'on nous disait : 'C'est à vous de remettre l'eau en conformité, de payer tous les frais liés à la dépollution'. Puisque nous n'étions pas responsables de cette pollution, nous avons décidé de ne pas nous laisser faire et de continuer à nous battre. Le droit à un environnement sain concerne tous les citoyens. Il fallait donc s'adresser aux pollueurs."Aujourd'hui, quelques avancées commencent toutefois à se dessiner. Une aide provisoire de la Région doit notamment permettre de rétablir l'accès à l'eau du robinet pour les habitants : "Nous avons quelques petites avancées. Nous avons surtout reçu une aide de la Région, qui devrait se concrétiser en septembre, pour installer une unité de traitement dans la commune, annonce Annick Dufis. C'est une unité temporaire, mais elle permettrait de remettre l'eau du robinet à disposition des habitants. C'est une solution temporaire, en attendant de trouver des solutions pérennes".Avec cinq autres communes, Annick Dufis a également engagé une bataille judiciaire en déposant une plainte contre X pour mise en danger d'autrui. L'objectif est de faire toute la lumière sur les responsabilités de chacun dans cette pollution.