Une nouvelle attaque massive de drones ukrainiens a frappé la Russie dans la nuit de lundi 17 au mardi 18 août. Selon le maire de Moscou, au moins 620 appareils ont été lancés contre la région de la capitale russe et l'un d'eux a notamment visé un entrepôt de Wildberries. Et ce n'est pas la première fois... Depuis un mois ces entrepôts sont frappés quasiment chaque jour.

À lire aussi Guerre en Ukraine : Kiev redoute la montée en puissance de l'effort militaire nord-coréen Wildberries, c’est comme Amazon, à l’échelle de la Russie avec des centaines de milliers de vendeurs en ligne et des entrepôts gigantesques pour stocker la marchandise. Ces hangars ne sont pas particulièrement sécurisés et, remplis de cartons, de textiles et de plastiques hautement inflammables, ils sont une cible idéale. Un seul drone peut y provoquer de gros dégâts. En moins d’un mois, une vingtaine de ces sites ont été visés.

Conséquence : 1 200 000 mètres carrés ont été endommagés, voire détruits, par les flammes, c'est plus d’un cinquième des capacités logistiques du groupe.Pourquoi est-ce que Kiev, dans sa riposte à l'agresseur russe, a choisi de viser ces entrepôts ? Ce ne sont certes pas des cibles militaires mais parmi tout ce qu'elle vend, Wildberries propose une rubrique "opération militaire spéciale" : on y trouve des gilets pare-balles, des appareils médicaux, des radios, des générateurs... Les influenceurs pro guerre en font souvent la promo sur les réseaux sociaux et les volontaires achètent tout ce matériel en grandes quantités pour l'envoyer sur le front. D'après Kiev, certains entrepôts seraient même spécifiquement dédiés aux composants pour la production de drones et aux équipements de navigation. Le premier argument est donc qu'une entreprise qui s'inscrit à 100% dans l’économie de guerre voulue par Vladimir Poutine est une cible légitime. Provoquer le mécontentement des citoyens russesEt puis il y a l'effet domino. Wildberries est un pilier de l'économie russe : 20 millions de commandes par jour. Donc, quand un entrepôt brûle, des vendeurs perdent leurs marchandises, ils sont en difficulté financière, les livraisons deviennent chaotiques, les coûts augmentent, et en bout de chaîne, le consommateur est mécontent.

C'est l'objectif de l'Ukraine : déstabiliser à la fois l'économie et l'opinion. Faire entrer le conflit dans le quotidien des Russes.La patronne de Wildberries tente de rassurer mais le volume des commandes est en chute libre. Plus de 3 000 points de retrait ont été mis en vente faute d'activité et 300 PME, liées à la plateforme, ont demandé une restructuration de leurs prêts. Signe que Moscou prend les choses au sérieux, la Banque centrale russe a demandé aux banques d’assouplir les conditions de remboursement pour ces petites entreprises en difficulté. Évidemment il est trop tôt pour savoir si ce changement de stratégie de la part de Kiev va réellement ralentir l’économie russe et nourrir le mécontentement intérieur. Ce qui est sûr, c'est que les frappes de drones contre les entrepôts ne vont pas s'arrêter.