Après le vaste incendie qui a parcouru 42 000 hectares en Gironde fin juillet et les feux de forêt dans les Landes, les professionnels de la filière bois doivent désormais se projeter sur la valorisation des arbres brûlés par les flammes. Au total, ce sont entre 3,5 et 4 millions de tonnes d'arbres qui vont arriver sur le marché, l'équivalent des deux tiers d'une année de production, selon les acteurs de la filière contactés par France Inter mardi 18 août.
À lire aussi Eteindre l'incendie, sécuriser la zone, replanter des arbres… Que va-t-il se passer dans la forêt de Gironde après le mégafeu ? Il est encore trop tôt pour avoir une idée précise des dégâts, les forestiers n'ayant pas encore l'autorisation de retourner dans leur parcelle pour des raisons de sécurité, le sol étant trop chaud. Mais ce que l'on sait pour le moment, c'est qu'une bonne partie des arbres partis en fumée étaient jeunes, jusqu'à 7 ou 8 ans.
Selon les premiers éléments, l'estimation précise des pertes ne devrait commencer qu'en septembre ou octobre. Ensuite, une course contre la montre s'engagera car les Landes étant un ancien marécage, les sols détrempés en hiver ne permettent pas aux engins de travailler.
Les arbres brûlés superficiellement pourront donner du bois d'œuvre, jusqu'à un certain stade de carbonisation, des palettes, quant aux plus endommagés, ils finiront en panneaux de particules, pâte à papier ou cartons.
L'expérience de l'incendie de Landiras, en Gironde, en 2022 peut apporter quelques pistes, mais Aymeric Albert, directeur commercial bois de l'Office national des forêts (ONF), n'est pas certain que les bonnes ventes qui avaient suivi cet incendie se répéteront cette année. "En 2022, on était post-Covid. L'activité était très bonne, il y avait de très fortes demandes, surtout dans la construction. L'inconnue porte sur le prix auquel se vendront les arbres touchés.
En 2025 en Aquitaine, le pin maritime s'est vendu 53 euros le mètre cube. Afin d'éviter que les cours ne s'effondrent, une solution consiste à stocker. Une stratégie utilisée après la tempête Klaus en 2009, dévastatrice dans le Sud-Ouest.
"On met le bois en pile, on a un système d'aspersion pour saturer le bois en eau et quand on le sature en eau, il n'est plus attaqué par les insectes et peut se conserver, même pour le bois d'œuvre", permettant "d'avoir une capacité d'achat supérieur", détaille Stéphane Latour, directeur du centre national de la propriété forestière en Nouvelle-Aquitaine (CNPF). " À l'époque, dix fois plus de bois avait été écoulé pour une décote supportable.
"Si le stockage devait être envisagé cette année, estime Benoît Fraud, il faudrait réaménager les plateformes d'aspersion et réinvestir". Selon lui, en deux ans, tout le bois brûlé sera sorti. Il faudra faire vite pour l'extraire de la forêt à l'automne avant l'arrivée des champignons et des scolytes qui abîmeraient un peu plus les arbres, faisant baisser leur valeur marchande.
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