Un été brûlant pour la France… et son économie ? Depuis la fin du mois de mai, les événements climatiques extrêmes se succèdent, avec plusieurs canicules sur la quasi-totalité du pays, ainsi que des incendies massifs en Gironde, dans les Landes et dans le Var. Autant de phénomènes qui ont des conséquences considérables sur l'économie. Mais le chiffrage précis de ces coûts, lui, est une tâche difficile. En affinant secteur par secteur, obtenir des données demeure compliqué.
"Le ministère de l'Agricultureà franceinfoL'un des éléments sur lesquels s'accordent les autorités et les spécialistes est le niveau conséquent des pertes : "Ce que l'on sait, c'est que les épisodes caniculaires ont un effet négatif sur l'activité. Mais le produit intérieur brut [PIB] agrège tellement de choses que les canicules restent encore un phénomène relativement petit.
Pour le dire autrement, c'est un aléa parmi d'autres", expose Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, un institut proche du patronat. "Une des autres difficultés pour établir le coût de ces événements climatiques réside dans la perspective adoptée au moment de sortir la calculatrice. "C'est un coût pour qui ? Est-ce un impact sur la croissance ? Sur les finances de l'Etat ? Sur les assurances ? Sur l'emploi ?
", interroge l'économiste Sylvain Bersinger, qui a fondé le cabinet Bersingéco. "Sylvain Bersinger, économiste au cabinet Bersingécoà franceinfoLes zones et les secteurs sinistrés, eux, n'ont pas attendu pour déplorer des pertes. Dans une enquête de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie, 91% des répondants ont déclaré que leur activité avait été affectée pendant la canicule du mois de juin, sans qu'une estimation chiffrée soit disponible.
L'aggravation du phénomène du "retrait-gonflement des argiles"L'un des plus gros coûts, cependant, est peut-être passé sous les radars. Avec la sécheresse, le "retrait-gonflement des argiles" a gagné du terrain. Sensibles à l'eau, les sols argileux gonflent sous la pluie et se rétractent en période de sécheresse. L'alternance de ces mouvements fragilise la structure des habitations et finit par y provoquer des fissures visibles.
) dans les cinquante ou cent années qui arrivent", a expliqué Edouard Vieillefond, directeur général de la Caisse centrale de réassurance (CCR), sur BFMTV, le 22 juillet. En 2022, année déjà marquée par de fortes chaleurs ainsi que des incendies massifs en Gironde, la sécheresse avait coûté 3,5 milliards d'euros d'indemnisation sur le dispositif d'indemnisation des catastrophes naturelles, rappelle le fonds destiné à prévenir ce risque.
Le coût total de la sécheresse cette année-là avait été évalué à 5,6 milliards d'euros, avec "1,1 milliard d'euros de pertes de production agricole et une production hydroélectrique en recul de 20%", a rappelé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, en ouverture d'un comité d'anticipation et de suivi hydrologique au ministère, fin juillet. Pour 2026, cependant, les chiffres ne sont pas encore disponibles.
Du côté de la CCR, on estime qu'ils seront disponibles "courant 2027", sachant que les incendies ne sont pas concernés par la garantie catastrophe naturelle, qui inclut uniquement les dommages matériels engendrés par un facteur naturel comme les inondations, les tempêtes, les glissements de terrain ou encore les avalanches.
"Concernant les incendies actuels, nous n’aurons pas d’estimation avant la fin du mois", répond France Assureurs, le groupe d'intérêt qui représente les assureurs. Des finances publiques clairement affectéesEn revanche, le coût pour les finances publiques est un peu plus tangible, même s'il n'est pas encore connu avec précision.
Avant le début de l'été, la donne n'était déjà pas brillante pour les comptes de l'Etat et des collectivités territoriales, avec la crise au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz. Cette fois-ci, l'Etat est venu au soutien des personnes sinistrées et a employé des moyens terrestres et aériens contre les feux, par exemple.
Pour les très petites entreprises (TPE) et les petites et moyennes entreprises (PME) des zones évacuées en Gironde et dans les Landes, "l'Etat remboursera intégralement les indemnités d'activité partielle versées aux salariés entre le début de l'incendie et la fin du mois d'août", selon un communiqué du ministère du Travail, mardi.
Il y a aussi "des coûts indirects", ajoute Sylvain Bersinger, comme une baisse des recettes fiscales liées à une baisse de l'activité pour le tourisme, par exemple, ou de possibles dépenses supplémentaires pour les pompiers à l'avenir. C'est ce que demande le député LFI Eric Coquerel en réclamant un projet de loi de finances rectificative. Et ce, alors que le gouvernement paraît s'éloigner de sa prévision de 5% de déficit public à la fin de l'année.
La situation n'était pas si imprévisible. Dans une note publiée fin mai, Allianz Trade a établi un "scénario de crise dans lequel les cinq années les plus chaudes observées dans chaque pays entre 2014 et 2024 sont reproduites sur la période 2026-2030", ce qui semble se produire cette année, avec le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré en France.
La filiale du groupe d'assurance "estime que les pertes cumulées de PIB implicites (2026-2030) pourraient atteindre 5% à 7% pour les économies les plus exposées", et 240 milliards de dollars pour la France, soit environ 208 milliards d'euros. La fréquence de plus en plus élevée de phénomènes climatiques extrêmes ne vient pas limiter la facture, bien au contraire. "Plus les vagues de chaleur durent, plus il y aura des effets négatifs", prévient Anthony Morlet-Lavidalie.
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