Sébastien Lecornu se doutait que son été ne serait pas forcément synonyme de vacances. Confirmation lundi 17 août : il se déplace en Gironde, sur les lieux du mégafeu qui avait nécessité l'évacuation de 220 000 personnes en juillet. Accompagné de plusieurs ministres, il vient lancer la mission dite de "reconstruction et adaptation des territoires" sinistrés, et "annoncera des mesures", a confirmé son entourage dimanche. À lire aussi • Direct Incendies : Sébastien Lecornu et plusieurs ministres attendus en Gironde, le feu "contenu" mais "pas fixé" dans les Landes Composée de cinq experts et rattachée au Premier ministre, elle vise selon Matignon à "accélérer et de faciliter la reconstruction, le soutien économique et l'appui à la population" des zones touchées. La mission traitera "prioritairement des feux de forêt et de végétation survenus en juillet ainsi que ceux d'ampleur analogue qui pourraient survenir au cours des prochaines semaines". Elle devra "accompagner la reconstruction dans une démarche durable et raisonnée", en appuyant les acteurs locaux pour "l'adaptation des territoires aux conséquences du réchauffement climatique". Au total, quelque 120 000 hectares de forêt en France depuis le début de l'été.Sur le front des incendies, Sébastien Lecornu n'était pas encore monté en première ligne d'un point de vue médiatique. Il avait laissé le soin à Emmanuel Macron et au ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, d'effectuer les déplacements de terrain. Avec cette visite en Gironde, Sébastien Lecornu entend "adresser un signal de continuité entre gestion de crise cet été et le suivi dans la durée", fait valoir son entourage à franceinfo."En Gironde, je n'ai pas l'impression qu'il soit populaire"Au sein du gouvernement, on loue l'action du Premier ministre. "Il est certain que c'est une nouvelle occasion pour Sébastien Lecornu de montrer son savoir-faire", vante Jean-Didier Berger, ministre délégué à l'Intérieur, auprès de franceinfo. "A chaque fois qu'il y a une crise (...) il trouve les mots justes et la bonne méthode", renchérit le ministre LR qui estime "que son expérience de maire et de président de département est un atout indéniable en la matière".Edwige Diaz, députée RN de Gironde qui sera présente lors du déplacement de Sébastien Lecornu, se montre bien moins élogieuse : "Il n'a pas bien géré la crise, sinon il n'y aurait pas autant de mécontents." "Il doit justifier l'inaction du gouvernement depuis 2022 et s'engager à ne laisser de côté aucun acteur de la solidarité", estime l'élue, qui cite en exemple "les ostréiculteurs qui ont utilisé leurs bateaux pour évacuer les personnes, les agriculteurs qui ont utilisé leurs citernes, les forestiers qui ont détruit leurs arbres pour faire des pare-feu, les chefs d’entreprise qui ont utilisé leurs engins..."Sébastien Lecornu va ainsi devoir répondre à l'ensemble des critiques des oppositions politiques qui ont fusé tout l'été. Face à un "été de bascule" sur les incendies et les fortes chaleurs, "il y a une responsabilité lourde de l'Etat dans l'impréparation et dans ce qui se passe aujourd'hui", a dénoncé fin juillet la patronne des Ecologistes, Marine Tondelier. "Nous sommes en train de vivre une étrange défaite, un problème qu'on avait vu arriver, et le gouvernement n'a rien fait", a pour sa part fustigé le député socialiste Philippe Brun, le 27 juillet, sur franceinfo. "En Gironde, je n'ai pas l'impression qu'il soit populaire, il reste un ministre d'Emmanuel Macron", ajoute la députée RN Edwige Diaz.Un premier tour au Porge dimancheAu Porge, commune qui a payé le plus lourd tribut face au mégafeu, les habitants expriment aussi leur colère. "Ce sont des gens hors-sol, qui vont venir soi-disant écouter les gens du coin, mais en réalité ils ont déjà leur stratégie toute tracée", fulmine auprès de l'AFP Philippe, un habitant de 56 ans, très affecté par la destruction des maisons de plusieurs amis. "Il nous a traités de complotistes", poursuit ce père de famille.Le 1er août, le Premier ministre avait affirmé que la douleur des sinistrés était "instrumentalisée par des complotistes sur les réseaux sociaux", alors que certains habitants du village dévasté estimaient que les autorités avaient sacrifié leurs maisons pour protéger la presqu'île huppée du Cap-Ferret.

À lire aussi : Reportage "C'est fini pour nous, on part" : au Porge, épicentre du gigantesque incendie en Gironde, la douloureuse question de l'après Devant l'exaspération des habitants, Sébastien Lecornu semble avoir a revu sa stratégie. Le Premier ministre s'est rendu dimanche après-midi au Porge, en amont du lancement de sa visite, dont le programme officiel ne mentionnait pas ce déplacement, et ne prévoit pas de rencontre avec les sinistrés. Après ce "tour dans la commune", sans caméras, le chef du gouvernement a "fait évoluer les annonces" attendues lundi, assure son entourage. "Faites-nous un plan Marshall", réclamait le maire du Porge, Martial Zaninetti, auprès de l'AFP quelques jours plus tôt.Doléances des pompiersLa visite de Sébastien Lecornu intervient également sur fond de mobilisation des soldats du feu. Venue réclamer plus de moyens, l'intersyndicale des pompiers est sortie jeudi "très déçue" d'une réunion au ministère de l'Intérieur et a appelé à une mobilisation nationale fin septembre. C'est dans ce contexte tendu que Sébastien Lecornu prépare le projet de loi sur la sécurité civile attendu à l'Assemblée nationale à la rentrée. Une rencontre avec des pompiers doit également avoir lieu ce matin lors du déplacement.Pour l'heure, la gronde ne se traduit pas dans les enquêtes d'opinion, qui indiquent plutôt une progression du Premier ministre. Sébastien Lecornu oscille entre 23% et 29% de popularité au mois d'août. Un baromètre Cluster 17 pour Le Point le classe comme la personnalité préférée des électeurs d'Emmanuel Macron en 2022, avec 72% d'opinions favorables. De quoi alimenter la rumeur d'une candidature de sa part à l'Elysée qui revient régulièrement en coulisses comme l'évoquait récemment le journal Le Monde."II ferait un excellent candidat à la présidentielle, même si cette hypothèse, à moins d'un accident nucléaire dans les campagnes d'Edouard Philippe ou de Gabriel Attal, n'existe pas", allait jusqu'à dire début juillet un des ministres qui l'accompagnent auprès de franceinfo. Dans une interview à Paris Match fin juillet, le chef du gouvernement a fermé la porte à cette hypothèse, assurant ne pas vouloir "se mêler" à la compétition présidentielle, et demandant aux prétendants à l'Elysée "de ne pas entraver l'action du gouvernement".Outre la question de la gestion des incendies, la prochaine épreuve du locataire de Matignon se profile déjà à l'horizon : élaborer un budget sans être censuré, alors qu'il n'a pas de majorité absolue au Parlement. "C'est clairement le chantier de fond de la rentrée", confie son entourage. Un brasier politique à combustion lente.