"Ils sont en train de [se] faire trop d'argent." Donald Trump s'en est pris vivement aux grandes entreprises pétrolières américaines, ExxonMobil et Chevron, lundi 3 août.

En cause : les deux groupes ont annoncé, vendredi 31 juillet, une envolée de leurs bénéfices. "En profitant des pénuries, ils se font trop d'argent", a déclaré à la presse le président américain depuis la Maison Blanche, assurant être "un ardent défenseur de la libre entreprise".Les groupes européens du secteur ne sont pas en reste. Le géant britannique Shell a publié, jeudi 30 juillet, un bénéfice multiplié par trois au deuxième trimestre 2026, à 10,8 milliards de dollars, contre 3,6 milliards un an plus tôt, précise l'entreprise dans un communiqué. Quant au géant pétrogazier français TotalEnergies, il a annoncé, jeudi 23 juillet, que son bénéfice net au deuxième trimestre de 2026 avait doublé par rapport à l'année précédente, atteignant 6 milliards de dollars, soit 4,7 milliards d'euros, contre 2,36 milliards à la même période en 2025.<img src="https://public.flourish.studio/visualisation/29770503/thumbnail" width="100%" alt="chart visualization" />Ces chiffres astronomiques s'expliquent en grande partie par un même phénomène : la flambée des prix du pétrole, alimentée par le conflit au Moyen-Orient. La guerre, lancée fin février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, perturbe fortement les marchés pétroliers. Le blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran, principal corridor de transit d'environ un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, la reprise de ces hostilités en juillet ou les attaques des rebelles houthis du Yémen, alliés de l'Iran, contre des navires saoudiens en mer Rouge, sont autant de facteurs qui profitent aux compagnies pétrolières.Des coûts de production stables, des revenus qui explosentLe mécanisme est simple : les grandes compagnies pétrolières vendent leur production en fonction des prix du pétrole fixés sur les marchés internationaux, comme celui du Brent de la mer du Nord. Les cours évoluent notamment selon l'équilibre de l'offre et de la demande mondiale, mais aussi en fonction des tensions géopolitiques, comme au Moyen-Orient. Lorsque le prix du baril augmente fortement, les activités de production des majors voient leurs revenus progresser. A l’inverse, leurs coûts de production n'évoluent pas dans les mêmes proportions."Le coût de production d'un baril ne varie pas forcément parce que le prix du pétrole augmente", explique à franceinfo Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco. "Par exemple, TotalEnergies possède des puits aux Etats-Unis ou dans d'autres régions du monde : le coût d'extraction reste relativement stable. Mais si le prix du pétrole mondial augmente, cela devient une marge supplémentaire pour la compagnie", développe-t-il. L'économiste précise que ce raisonnement vaut pour les activités de production. Les grands groupes pétroliers sont également présents dans le raffinage ou la distribution, où une hausse du prix du brut peut aussi faire grimper les coûts d'approvisionnement si elle n'est pas répercutée sur les prix de vente."Si une compagnie produit un baril avec un coût de 50 dollars et que le prix du marché passe à 120 dollars, la marge augmente mécaniquement."Sylvain Bersinger, économisteà franceinfoAutrement dit, une hausse du baril ne signifie pas que les compagnies produisent davantage. Elles gagnent surtout plus d'argent sur chaque baril vendu. Cette mécanique explique pourquoi les bénéfices peuvent progresser plus vite que le cours du pétrole. "Tout dépend du point de départ", explique Sylvain Bersinger. Une hausse de quelques dizaines de dollars du baril peut considérablement augmenter les marges des compagnies pétrolières lorsque leurs coûts de production, eux, restent stables. Toutes les compagnies ne profitent toutefois pas exactement de la même manière de cette situation. "Cela dépend de leur implantation géographique et de la localisation de leurs puits", souligne l'économiste. Les majors, comme Shell, TotalEnergies ou BP, disposent généralement de gisements répartis dans plusieurs régions du monde, ce qui limite leur exposition à une seule zone de production comme QatarEnergy.Des profits records déjà observés dans le passéCette situation n'est pas inédite, à l'instar des chocs pétroliers des années 1970. Après le premier choc de 1973, provoqué par la guerre du Kippour, un embargo pétrolier avait été décidé par plusieurs pays arabes producteurs. Lors du second choc de 1979 lié à la révolution iranienne, les cours du pétrole avaient fortement augmenté, entraînant une hausse des revenus des entreprises productrices d'hydrocarbures.Plus récemment, la flambée des prix de l'énergie après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a également provoqué une envolée des bénéfices des majors. TotalEnergies avait alors enregistré un bénéfice net record de 19,5 milliards de dollars en 2022, déclenchant des critiques d'ONG et de responsables politiques, certains dénonçant des "profits de guerre" comme en avril 2026. Le géant pétrogazier français avait atteint 5,8 milliards de dollars (4,96 milliards d'euros), soit une progression de 51% sur un an, s'attirant les foudres de Greenpeace France.L'association dénonçait une "logique cynique" des géants du pétrole, accusés de transformer des drames humains en opportunités financières, tandis que les ménages paient le prix fort à la pompe. Pour Sylvain Bersinger, le terme peut se défendre dans la mesure où ces entreprises profitent d'une situation créée par un conflit, mais il faut le nuancer : "Elles n'ont pas déclenché la guerre. Elles profitent de circonstances qu'elles n'ont pas provoquées."