Dans cette pièce à tiroirs, né du désir de Wagner Moura de renouer avec le théâtre et fruit d'une longue collaboration avec son amie et metteuse en scène Christiane Jatahy, l'œuvre d'Henrik Ibsen gagne en contemporanéité et voit sa structure narrative totalement bousculée.Révélé au grand public pour son rôle de Pablo Escobar dans la série Narcos, prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 2025 et d'un Golden Globe en 2026 pour L'Agent secret de Kleber Mendonça Filho, Wagner Moura n'a pas caché son plaisir de se retrouver, samedi 11 juillet, sur la scène du Gymnase du lycée Aubanel à Avignon.La suite de l'œuvre d'Ibsen imaginée par les auteurs aborde des thématiques actuelles sur fond de tensions : écologie, chantage à l'emploi, primauté du marché sur toute autre considération, mais aussi le statut des lanceurs d'alerte et les fake news (infox). À l'ère des réalités alternatives, quelle place reste-t-il à la vérité ? Christiane Jatahy évoque aussi l'intime avec la relation entre deux frères que tout oppose. La famille est au centre d'une affaire éminemment politique. Wagner Moura retrouve les planches avec un plaisir évident. (CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE / FESTIVAL D'AVIGNON) Quand le médecin Thomas Stockmann, "Brésilien malgré son nom norvégien", découvre que les eaux de sa ville thermale sont contaminées, il prévient son frère Peter, maire de la ville, et tente d'alerter la population sur les risques sanitaires. Le personnage est incarné par un Wagner Moura charismatique.Dans une société où triomphe la post-vérité, au fascisme rampant, le retour de bâton est terrible : licencié par son employeur, sali par les médias, vilipendé par la population, il est contraint de déménager et de se réfugier avec sa famille chez des amis. Thomas Stockmann apprendra à ses dépens qu'"il n'y a plus de faits, que des versions". Pourtant, il n'en démord pas : il faut fermer les bains, le temps de dévier les canalisations souillées par les déchets toxiques de tanneries voisines. Danilo Grangheia dans "Un procès" de Christiane Jatahy et Wagner Moura. (CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE / FESTIVAL D'AVIGON) Le procès n'a pas lieu au sein d'une institution judiciaire, mais dans une sorte de tribunal social sur le plateau même. Le jury est composé d'une douzaine de spectateurs tirés au sort. Des deux côtés de la scène, l'accusation et la défense se font face. Danilo Grangheia, qui incarne Peter Stockmann, est impressionnant de présence, n'hésitant pas à utiliser tous les ressorts, même les plus intimes, pour parvenir à ses fins. Du côté de la défense, Julia Bernat et Wagner Moura s'évertuent à rejeter l'accusation d'"ennemi du peuple". Que décidera le jury ?
Une question persiste dans l'air : qu'auriez-vous fait à la place du docteur Thomas Stockmann ?Le spectacle mêle vidéos enregistrées, caméras retransmettant en direct et témoignages par visio... Un procès - après l'ennemi du peuple multiplie les clins d'œil au cinéma tout en rendant hommage à la puissance du théâtre.À l'applaudimètre, Un procès - après l'ennemi du peuple est un triomphe. Julia Bernat, Danilo Grangheia, Wagner Moura ont eu droit à une longue ovation debout.

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