Novembre 2012 : "Je jure de préserver les secrets du Parti communiste. Je jure de lutter pour le communisme." Lors du 18e congrès due Parti communiste chinois, Xi Jinping prête serment pour la première fois. Poing levé, visage impénétrable, il vient d'être désigné secrétaire général du Parti communiste chinois. À lire aussi La Chine accélère dans la course aux puces électroniques avec le lancement de ses premières machines de gravure Comment cet enfant de l'élite, traité comme un paria pendant une partie de sa jeunesse par le PCC, est-il parvenu à accéder au rang de président à vie de la deuxième puissance mondiale ?Une image de guide protecteurÀ chacune de ces sorties, Xi Jinping travaille cette image de guide protecteur. Comme ici en octobre 2022 dans la ville de Yan'an : "Il faut garder toujours à cœur le bien-être du peuple, avoir assez à manger et rester au chaud. Ces objectifs ont été atteints, n'est-ce pas ? Vous avez tous une assurance maladie, n'est-ce pas ?"Le discours est dit en extérieur, face à une poignée d'habitants.

Son style est sobre : un imperméable gris anthracite, boutonné jusqu'au cou, et cet air tout aussi rassurant qu'autoritaire porté par le sourire énigmatique de Xi Jinping."S'agissant des politiques et des mesures mises en place par le Comité central du parti, nous regardons comment vous réagissez. Est-ce que cela vous fait pleurer ou sourire ? Je vous vois en train de sourire maintenant."Xi Jinpingdiscours à Yan'an en 2022.Les habitants acquiescent en riant. "Nous rions tous les jours, poursuit le dirigeant. Si ça vous fait pleurer, alors nous devons y prêter attention et corriger ce qui doit l'être. Le Parti communiste est le parti du peuple. Il est là pour agir au service du peuple."À la tête de l'organisation BricsLes réseaux sociaux abondent de montages vidéo de propagande à la gloire de Xi Jinping. Il est le leader de la nation chinoise, mais également le fer de lance d'un nouvel ordre mondial, articulé autour de l'acronyme Brics : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Cette alliance représente aujourd'hui plus d'un tiers du PIB mondial. C'est mieux que le G7 (les sept premières puissances de la planète).Aujourd'hui, l'organisation Brics réunit plus de la moitié de la population mondiale et compte 10 pays membres. "Ce que j'admire avant tout, commente Lula, l'ancien président du Brésil, c'est la façon dont il a développé la Chine.""J'admire sa capacité à avoir développé son pays en si peu de temps." Lula, ancien président du BrésilLa nouvelle cheffe de l'État brésilienne Dilma Rousseff est d'ailleurs d'accord : "Il a compris la nécessité d'assumer des positions claires. Il prend des mesures et des contre-mesures claires. Je pense qu'il va fortement marquer ce siècle de son empreinte."Façonner un monde selon sa propre penséeXi Jinping est ainsi devenu le leader naturel d'un monde émergent, qu'il façonne selon sa propre pensée. Lors de la dernière session plénière du Parti communiste chinois, en octobre 2025, Xi Jinping pénètre dans la salle monumentale. L'espace entre chaque cadre du parti est respecté au millimètre, ce qui accentue l'impression de vide laissé par certaines places inoccupées.La raison médicale est le seul motif recevable aux yeux des autorités pour ne pas assister à une session plénière, ce jour-là. Or, ils sont 61 à manquer à l'appel (sur 376 participants). C'est le signe qu'une nouvelle purge est en cours, ou plutôt un nouveau coup de filet dans la lutte anticorruption ordonnée par Xi Jinping."Un million et demi de cadres du parti purgés"Dans le documentaire pour Arte Le Monde selon Xi Jinping (de Sophie Lepault et Romain Franklin), Ming Xia, ancien membre du PCC, témoigne : "Dans la lutte anticorruption, plus de 1,5 million de cadres du parti ont été purgés. Ce qui, avec leurs familles, représente la population d'un petit pays.""C'est à cela que l'on voit que Xi Jinping est devenu un dictateur sans pitié."Ming Xia, ancien membre du PCCdocumentaire "Le Monde selon Xi Jinping"Un règne absolu et sans partage. Sur les six généraux concentrant le pouvoir militaire chinois autour de Xi Jinping, un seul a pu conserver son poste. Les autres ont été victimes de "la chasse aux tigres et aux moucherons", cette campagne anticorruption, du même nom que la purge engagée par Mao, au début des années 1960.