Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.C'est à l'abri des remparts de Château-Thierry, dans l'Aisne, qu'est né un génie. Dans sa maison familiale, plusieurs fois remaniée au fil du temps et revendue par son propriétaire sur un revers de fortune, un certain Jean de La Fontaine, qui, inspiré par les écrits de la Grèce antique, a construit une œuvre : les fables, toujours aussi pertinentes et instructives, à l'épreuve des siècles. C'est certainement dans un petit bureau qu'au milieu du XVIIe siècle, La Fontaine a écrit une partie de ses histoires animalières. On dirait plutôt réécrit, car nombre d'entre elles viennent de temps beaucoup plus lointain. "Il reprend des fables qui existent déjà, il les réécrit, il les met un peu à sa sauce. Il les écrit d'une façon qui peut intéresser les lecteurs de son époque et il les publie", explique Marie-Anne Peugnier, médiatrice culturelle au musée Jean de La Fontaine.Les lycéens qui découvrent la jeunesse de cette œuvre mythique se sentent concernés par la sagesse qu'elle inspire. "Toutes les morales qu'on va retrouver dans les fables qui sont maintenant assez vieilles, c'est indémodable", estime une jeune visiteuse.
Une autre acquiesce : "Les morales, elles ont toujours un sens pour nous, en tout cas aujourd'hui, qu'on les étudie ou pas en cours, même dans la vie de tous les jours, elles nous servent." "C'est ça qui me plaît chez La Fontaine. C'est cette manière d'expliquer les penchants humains par les animaux et c'est très intéressant", ajoute un troisième élève."Un acte de courage", inspiré d'un auteur grec en particulierC'est notamment chez Ésope, un auteur de la Grèce antique, que La Fontaine puisait son inspiration. Ainsi, dans Le Lièvre et la Tortue, alors que l'auteur grec conclut, le travail l'emporte sur les dons naturels, La Fontaine préfère, "rien ne sert de courir, il faut partir à point". De même, dans Le Corbeau et le Renard, quand Ésope estime que cette fable est une "leçon pour les sots", La Fontaine renchérit : "tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute". "Je me sers des animaux pour éduquer les hommes", disait La Fontaine. Il dénonçait ainsi surtout les travers de son époque. "C'est aussi un acte, quand même, de courage, il faut bien le dire, à une époque où évidemment la dénonciation des travers de la société n'est pas exactement toujours bien récompensée. Personne n'est dupe, et régulièrement, il se voit refuser le privilège d'imprimer le livre. Donc, tout le monde comprend quand même très bien où il veut en venir", souligne Marion Lavaux, directrice adjointe du pôle muséal de Château-Thierry et attachée de conservation pour le musée Jean de La Fontaine.On découvre également d'autres audaces, moins connues de l'auteur. Des contes libertins rédigés avant les fables et un peu ignorés par la postérité. "Oui, c'était vraiment coquin, pour ne pas dire un petit peu porno, quand même, mais élégamment dit", juge un visiteur.En boîtes de camembert, en pâte à tartiner ou en pastilles pour la gorge, les fables de La Fontaine ont souvent été détournées. C'est dire la popularité de celui qui, depuis 400 ans, veille sur sa ville, comme il veille sur notre morale.
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