Powder Springs, Géorgie. Mary-Ann, une Américaine de 70 ans, vit seule avec son fils. Depuis le début de l'été, elle vient toutes les semaines chercher son colis alimentaire à Reflections of Trinity, une association caritative liée à une église évangélique pentecôtiste. "J'ai perdu mon boulot et je n'ai rien retrouvé encore, explique la septuagénaire. Acheter la nourriture et en plus payer l'électricité, le gaz, ce n'était plus possible…
"Mary-Ann regarde avec gourmandise la pastèque qui trône dans son coffre. "C'est ma première de l'été. L'autre jour, je me suis arrêtée pour voir les prix au bord de la route. C'était 12 dollars ! Un prix exorbitant. J'adore les fruits et les légumes frais. " Chaque carton distribué par l'association Reflections of Trinity vaut en moyenne 100 dollars en supermarché. (ISBALLE LABEYRIE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE) La distribution a lieu tous les samedis, de 8h30 à midi.
Les bénéficiaires doivent s'enregistrer, mais on ne leur demande aucun justificatif de ressources. Ils se présentent avec leur véhicule et les bénévoles chargent la nourriture directement dans les coffres ou sur les sièges arrière. La file d'attente est longue, le chargement doit aller vite.
Un colis à 100 dollars"Dans les cartons cette semaine, on a de gros pots de beurre de cacahuète, sept boîtes de conserve, des boissons, des flocons d'avoine ou des céréales pour le petit déjeuner. On a aussi des carottes, de la laitue, des yaourts, des tomates, détaille Laura Tabb, l'une des salariés de la structure. Dehors on va leur ajouter de la viande, plus du pain et des gâteaux".
On la retrouve dans le gigantesque entrepôt de l'association où les colis se confectionnent toute la semaine grâce aux dons de la Banque alimentaire de Géorgie et de grandes enseignes de la distribution comme Walmart. Liah, bénévole et elle-même ancienne bénéficiaire, distribue des desserts pour l'association caritative Reflections of Trinity, à Powder Springs, en Géorgie.
(ISABELLE LABEYRIE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE) Chaque carton que Laura remplit vaut "100 dollars, facile. Rien que la viande revient à 20 ou 30 dollars. Rien n'est bon marché, maintenant. Je ne connais personne qui va faire ses courses en se disant : 'Allez, aujourd'hui je m'offre un petit extra'. " L'association aide 1 300 familles par mois, ce qui représente 11 tonnes de nourriture.
Même les familles plus aisées qui fréquentent les supermarchés font de la chasse aux promotions leur sport quotidien. "Le budget, c'est une source de stress, dit une étudiante en dentisterie de 19 ans venue prêter main-forte aux bénévoles. Un plein me coûte 70 dollars : ça fait des mois que je ne remplis plus mon réservoir à 100%. On fait des choix.
""La demande d'aide alimentaire est en augmentation constante, reconnaît Ben Cope, président du conseil d'administration de Reflections of Trinity, qui fêtera en septembre ses 23 ans d'existence. Les prix grimpent dans tous les domaines". Selon les chiffres du Bureau des Statistiques du ministère du travail publiés le 14 juillet, l'alimentaire seul a augmenté de 3% sur un an.
Avec de vraies disparités relevées par le ministère de l'Agriculture : laitues +32,1%, tomates +19,5%, sucre et confiseries +6,9%. "Mais il y aura toujours des personnes qui auront besoin d'aide, ajoute Ben Cope. Pas uniquement lorsque l'économie va mal". Salades, frites surgelées et viande permettent de diversifier les colis alimentaires. "Roman, 63 ans, n'est pas de cet avis.
Citoyen américain d'origine mexicaine, présent aux États-Unis depuis plus de 40 ans, il fréquente assidûment la banque alimentaire. Il vient aussi à Reflections of Trinity acheter des vêtements à un dollar dans la partie ressourcerie. Ce jour-là, sa femme lui fait même embarquer un grand fauteuil sur roulettes en excellent état, acheté à un prix dérisoire. Roman travaille chez un fabricant de couches pour bébés et personnes âgées. "Sous Obama, je m'en sortais.
Mon salaire me suffisait pour vivre. J'arrivais même à mettre de l'argent de côté pour me payer une voiture et financer les études de mes enfants. Aujourd'hui ? "Román, un citoyen américainà franceinfo Roman, 62 ans, citoyen américain d'origine mexicaine, juge Donald Trump responsable de ses difficultés économiques.
(ISABELLE LABEYRIE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE) Le sexagénaire, "démocrate depuis toujours", est en colère contre Donald Trump et ses droits de douane qui ont fait monter les prix. "Washington a soi-disant récolté beaucoup d'argent grâce à ces taxes. Mais nous, les gens ordinaires, on ne voit aucune amélioration. C'est pour ça qu'en novembre, je voterai contre lui, assure Roman. On a besoin d'une autre politique publique. Ce type ne fait rien de bon !
Autrefois les États-Unis étaient une référence mondiale, non ? Sur l'ensemble du pays, près de 15% des Américains sont aujourd'hui en situation d'insécurité alimentaire. Une statistique qui augmente chaque année depuis le Covid. Les Américains subissent aussi les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Reportage d'Isabelle Labeyrie écouter (1:53)
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