Doit-on s’étonner qu’un incendie d’une telle ampleur ait ravagé les Fagnes ? Pas vraiment. En 2025, le CERAC, centre d’analyse des risques du changement climatique, publiait un rapport où on pouvait lire ceci : 'autrefois rares, ces feux devraient se multiplier et s’intensifier, mettant en danger la biodiversité, la sécurité publique et les services écosystémiques rendus par la forêt'.
Et il ajoute : 'les feux de végétation devraient sévir sur de plus longues périodes et toucher des zones plus vastes'. Le phénomène était donc bien attendu. Mais ce qui étonne, c’est le moment où il s’est produit. Comme l’explique Nils Bourland, expert au CERAC : 'notre étude pointait le fait qu’on aurait des feux plus intenses, plus importants et plus simultanés dans une fenêtre de 10 à 15 ans, 20 ans si on avait de la chance. Maintenant, on se rend compte que les choses vont beaucoup plus vite. On n’a pas la simultanéité des feux, mais on commence à avoir des feux de plus en plus importants'. Ça, c’est pour le long terme. Mais à court terme, vu la sécheresse, un tel incendie était-il prévisible ? En la matière, il existe la règle des 3 fois 30. Le risque de feu de forêt est élevé quand ces trois conditions sont réunies : La température de l’air est supérieure à 30 degrés ; Le taux d’humidité de l’air est inférieur à 30% ; La vitesse du vent est supérieure à 30 km/h. Ce qui fait dire à certains que le drapeau rouge qui signale l’interdiction d’accès à certaines zones en raison de risques élevés, aurait dû être hissé. A la question de savoir si cela aurait pu changer les choses, Olivier Giust, capitaine à la zone de secours Vesdres, Hoëgne et Plateau, invité sur La Première ce lundi matin, à 7h45, répondait ceci : '90 à 95% des feux sont d’origine humaine. Si vous voulez supprimer le feu, il faut supprimer l’humain et ça, c’est quasiment impossible. Il y aura toujours un risque'. La Belgique a activé le mécanisme européen de protection civile.
Résultat : outre les deux hélicoptères de la Police fédérale (un de largage et un de reconnaissance), la Belgique peut ce lundi compter sur : Deux hélicoptères norvégiens (1200 litres) Deux hélicoptères allemands NH90 (2000 litres) Un Chinook hollandais (7600 litres) Deux avions Tracker suédois (3000 litres) Soit 9 aéronefs. Cependant, à 13 heures ce lundi, notre journaliste sur place signalait que ces avions n’avaient toujours pas décollé. Sur sa page Facebook, le gouverneur de la province de Liège, Hervé Jamar, a écrit que 'leur engagement restera dépendant des conditions météorologiques'. Ils ont pu décoller dans l’après-midi. Pourquoi la Belgique ne dispose-t-elle pas d’avions de ce genre ? Sur le réseau social X, le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) a écrit qu’il souhaitait acheter des hélicoptères de type Chinook, 'mais pour certains partis, tout ce qui est américain est faux et mauvais'. Il ajoute que les Airbus H145M sont actuellement livrés et que ceux-ci peuvent également être utilisés pour lutter contre les feux de forêt. De son côté, Marc Gilbert, président de la Fédération royale des pompiers de Belgique, a plaidé pour une flotte européenne d’engins aériens : 'individuellement, les pays n’ont pas les moyens d’acquérir du matériel et des engins aériens. Que l’Europe constitue une flotte collective !'. Mais pour Olivier Giust, 'les moyens aériens n’éteignent pas un feu. Ils vont pouvoir servir à limiter sa propagation, à diminuer son intensité mais dans tous les cas, il faudra quand même des troupes au sol.' Signalons aussi que tous les engins terrestres ne sont pas adaptés à la structure particulière des Fagnes, certains endroits étant très difficiles d’accès. Il y a quelques semaines, Marc Gilbert dénonçait le manque de moyens, avec des mots très forts : 'nous n’allons pas dans le mur, nous sommes dans le mur'. Aujourd’hui, c’est Stéphane Thiry, commandant de la zone de secours Luxembourg, qui a renchéri en estimant que cet incendie montre les limites des moyens belges : 'il y a des moyens supplémentaires qui ont été investis par zones de secours. Mais tout risque confondu, on ne peut pas dire qu’il y a une vraie démarche qui anticipe l’avenir et qui permet de lutter contre les incendies de façon plus efficace. Nous sommes demandeurs de la création d’un organe qui permette de coordonner les moyens pour une montée en puissance plus efficace'. Il estime aussi que le mécanisme européen prend trop de temps et que cela démontre l’utilité d’un moyen belge de sécurité civile. Ces dernières années, le nombre de pompiers a légèrement diminué : ils étaient 17.112 en 2023 et 16.912 en 2025. Mais pour Marc Gilbert, le problème c’est la proportion entre les pompiers professionnels et les bénévoles : un tiers contre deux tiers de pompiers volontaires. Pour lui, il faut inverser cette proportion pour arriver à deux tiers de professionnels. Du côté de la Protection civile, elle aussi sur le terrain, son responsable, le colonel Nicolas Tuts, a expliqué sur Linkedin que 'derrière cet engagement au quotidien, se cache une réalité beaucoup plus préoccupante : notre capacité à maintenir durablement ces missions est mise sous pression par le manque de personnel et des moyens budgétaires insuffisants'. Lors d’un incendie de cette ampleur, de nombreux services et de nombreuses communes sont concernés. Alors qui prend les décisions ? Il faut distinguer deux types de décisions : les décisions opérationnelles et les décisions stratégiques. Pour les décisions opérationnelles (sur le terrain), un PC-Ops (poste de commandement opérationnel) est créé. On y trouve un responsable de différents services : Le directeur de la zone de secours ; Le directeur secours médical ; Le directeur police ; Le directeur logistique ; Le directeur information. La direction est assurée par le plus haut gradé sur place. Il doit répondre à des questions comme où mettre le poste médical, où chercher de l’eau, par exemple. Ce poste a été installé à Sourbrodt. Une telle crise nécessite aussi des décisions stratégiques. Comme ici, tout se passe au niveau provincial, on a mis sur pied un centre de crise provincial. Il a été installé à Vottem. Le Roi s’y est rendu ce lundi. Il y a beaucoup de monde autour de la table. Entre autres, des représentants de la police, des pompiers, de la protection civile, de la province de Liège, les bourgmestres des zones concernées… C’est ici que sont prises les décisions concernant les évacuations ou la communication envers les citoyens par exemple. La direction de la gestion d’un centre de crise provincial est une compétence du gouverneur.






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