C'est le début d'une nouvelle ère. Vendredi 7 août, la troisième division française reprend ses droits dans un tout nouveau format. Exit le National avec ses clubs professionnels et d’autres amateurs, place à la Ligue 3, un championnat 100% professionnel organisé par la Fédération française de football (FFF).

"Il y avait une forme de confusion, peut-être d’iniquité entre les participants, et donc l’idée c’était de dire : 'voilà, on va faire un championnat professionnel où tout le monde part avec les mêmes armes'. Dans notre pays, il y a une vraie place pour un championnat qui soit au plus proche des territoires, qui corresponde à l’identité des clubs qui y évoluent", argumentait auprès de France 3 Corse le président de la 3F, Philippe Diallo, en juin 2026.

Médiatisation accrue, mise en place de playoffs, évolution des contrats des joueurs… Le lifting de la troisième division est conséquent et pour les 18 clubs en lice, les bouleversements sont majeurs, surtout pour ceux issus du monde amateur. "Depuis deux mois, deux mois et demi, on ne s’ennuie pas", glisse à Franceinfo: sport Teddy Morinière, le directeur sportif du VFC La Roche-sur-Yon, promu en 3e division.

Parmi les grosses demandes de la Fédération, tous les clubs évoluant en Ligue 3 doivent constituer une société d’ici le 1er juillet 2027. Si pour certains clubs historiques comme le Valencienne FC ou le SM Caen, ce n’est pas un changement majeur, pour d’autres, cela est tout nouveau. La société de l’US Thionville Lusitanos, club promu en Ligue 3, a ainsi été créée le 2 juillet 2026, à peine un mois avant le début du championnat.

Des bouleversements sur le plan juridiqueSur le plan juridique, les contrats des joueurs évoluent également. A présent, les clubs doivent justifier d’un minimum de 16 joueurs sous contrats professionnels à temps plein. Un chiffre qui n’était pas imposé par le passé. "Pratiquement tous nos joueurs vont passer professionnel", annonce François Ventrici. Pour ne pas faire d'erreurs dans ce domaine, le club mosellans s’est entouré d’un cabinet d’avocats depuis janvier.

"Ils nous sont d’une grande utilité car c’est un domaine que je ne connais pas forcément", concède le dirigeant. Certaines de ses questions, "sur le côté social, les protections que les joueurs peuvent avoir", restent en plus sans réponse du côté de la fédération. La Ligue 3, contrairement à son ancêtre, est régie par une seule convention collective, signée fin juin. "Elle est arrivée un petit peu tard mais on s’adapte", confie Teddy Morinière.

"On a des obligations et des droits envers les joueurs et inversement, des choses qu’on doit cadrer, qu’on n’avait pas l’année dernière parce que c’était amateur tout simplement", poursuit le directeur sportif. Cette nouvelle convention collective impacte aussi certains salaires.

"Aujourd'hui, il faut savoir qu'un joueur qui signe son premier contrat pro, il doit être à 2 000 euros minimum [mensuellement], alors qu'avant, nous, on pouvait les signer à 1 850", précise à franceinfo: sport Yoann Godin, le directeur général de Valenciennes. Un changement d'horaire à apprivoiserFinalement, les joueurs pourraient être les grands gagnants de l’arrivée de la Ligue 3. L’un des atouts du nouveau championnat, selon la Fédération, est sa médiatisation.

Les rencontres ne seront plus diffusées gratuitement sur YouTube mais sur la chaîne Ligue 1+. "Les joueurs savent que la Ligue 3 va être plus exposée que le National donc ça nous aide à attirer les joueurs", observe Teddy Morinière. Même constat avec les partenaires.

com/aVFFOZGqqM— L1+ (@ligue1plus) August 3, 2026 Pour "maximiser l’exposition de la Ligue 3" et lui permettre "d’exister pleinement dans le paysage footballistique français", la 3F a également misé sur de nouveaux horaires. Les rencontres ne se joueront plus le vendredi à 19h30, mais le jeudi à 20h45 pour l’affiche principale et le samedi à 14h45 pour les autres matchs.

"Pour nous, c’est le principal changement", confie le dirigeant de Villefranche, pensionnaire de National depuis la saison 2018-2019. "On va perdre énormément de bénévoles qui sont occupés avec les jeunes à ces horaires-là, estime-t-il. Le président craint aussi le départ de nombreux partenaires locaux "qui aimaient se retrouver entre chefs d’entreprise pour assister au match du vendredi soir". "On avait même un slogan "Qu'est-ce que tu fais vendredi ?

Des infrastructures à repenserSi le doyen du championnat doit repenser son image, le Paris Atletico a lui dû changer de stade. Le club quitte le terrain synthétique du stade Pelé pour le stade Charlety dès la rentrée. En cause, l’obligation pour les clubs de Ligue 3 d’évoluer sur pelouses en gazon naturel ou hybride d’ici la saison 2027-2028. A Thionville comme à Villefranche, les enceintes s’offrent, elles, un relooking.

Dans sa communication, la FFF met en avant que les dotations pour les pensionnaires de 3e division vont bondir, en passant de 300 000 euros la saison dernière à 400 000 euros. Mais pour toucher cette somme maximale, le cahier des charges s’est lui aussi musclé, notamment en ce qui concerne les infrastructures. C’est tout un petit aménagement qui doit se faire", détaille Philippe Terrier.

Avec l'augmentation des contraintes, le président craint ne pas cocher toutes les cases et d'"obtenir une aide plus faible que l’an dernier". Au niveau des recettes, les clubs continueront aussi de ne "pas toucher de droits TV", souligne-t-il.

Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par FCVB_Officiel (@fcvb_officiel)La question financière est d’autant plus prégnante pour les clubs, que la Fédération française de football veut faire de la Ligue 3 un championnat "modèle" sur le plan économique.

A partir de la saison 2027-2028, "de nouveaux mécanismes de régulation financière" seront introduits, avec par exemple une masse salariale encadrée à 60% des revenus, puis à 50% et 40% les saisons suivantes. Sur le terrain, les entraîneurs pourront désormais disposer de deux challenges par match pour solliciter un recours à un système d'assistance vidéo, plus léger que le dispositif VAR utilisé en Ligue 1.

La montée en Ligue 2, restera automatique pour les deux premières équipes du championnat mais celles classées entre la 3e et la 6e position devront passer par des playoffs pour s'offrir un barrage aller-retour contre le 16e de L2. "Ca va permettre de réduire le ventre mou du championnat, d’avoir plus de matchs à enjeux, c’est ultra positif", juge Yoann Godin.

"D’un point de vue économique, ça aura aussi un impact positif sur les club qui joueront les playoffs car il y aura du public en nombre au stade". Avant d’en arriver-là, 34 journées sont au programme. Coup d’envoi de la première vendredi, à 20h45.