Un silence pesant, sous un soleil écrasant. Alors qu'elle avait su vite trouver les mots la veille, après avoir perdu plus de deux minutes à l'issue du contre-la-montre de la 4e étape, Pauline Ferrand-Prévôt a mis plus de temps à accuser le coup, mercredi 5 août. Distancée à plus de 30 km de l'arrivée à Belleville-en-Beaujolais, lors de la 5e étape escarpée, la Rémoise devait digérer la nouvelle : avec cinq minutes de retard au général, elle a probablement perdu toutes ses chances de défendre son titre."Il faut être honnête. Demi [Vollering], Kazia [Niewiadoma] et Marlen [Reusser] sont clairement au-dessus. Je n'ai aucune honte à le dire. C'est comme ça. On ne peut pas toujours gagner mais on peut se battre, au moins j'ai essayé", avouait la Française, après une demi-heure de récupération sur son home trainer devant un public silencieux, sonné, après l'arrivée dans le Beaujolais. "Pourquoi tu salues la foule ?!", venait toutefois de sourire la Française quand son beau-père, Dany, avait quitté les lieux après de longues minutes de silence, bras croisés dans le dos, avec Sylviane, la mère de la Française à son chevet.Dans "un bon jour" mais surclasséeLe visage fermé de Pauline Ferrand-Prévôt s'est alors peu à peu ouvert, à mesure que ses coéquipières et son staff venaient l'enlacer pour la réconforter, après un premier débrief à chaud, à peine descendue du vélo. Devant le bus jaune et noir de la Visma | Lease a bike, le contingent de journalistes français était gonflé par un afflux de micros internationaux, signes de l'ampleur de la secousse qui venait de frapper la Grande Boucle. Le col de Durbize a marqué un nouveau coup d'arrêt pour Pauline Ferrand-Prévot. Victime de l'attaque de Demi Vollering, la Française est distancée et pourrait concéder de précieuses minutes à ses principales concurrentes au classement général. 1min "On n'est pas déçu, parce qu'elle a donné le maximum qu'elle pouvait donner aujourd'hui, ce qui est le plus important pour un athlète de haut niveau. C'est une réalité et maintenant on doit dessiner un nouveau plan", évacuait Rutger Tijssen, entraîneur de la Française, assurant étonnamment que "Pauline était dans un bon jou (...) Elle a continué à pousser. Elle a cinq minutes de retard parce qu'il lui a manqué quelques secondes au sommet pour s'accrocher, après, une fois l'écart fait..."Après le col de la Durbize, la Champenoise était pourtant bien entourée, avec Cédrine Kerbaol (EF Education) et Anna van der Breggen (SD Worx-Protime) à ses côtés, sans oublier sa coéquipière Sarah Van Dam, membre de l'échappée matinale, comme prévu par le plan collectif. "On savait que ça serait une journée difficile, sans plat. On voulait du monde dans l'échappée, ce qu'on a fait. Quand j'ai atteint le sommet, on m'a dit que Pauline avait un écart, je l'ai attendue pour réduire l'écart au maximum. On a peu parlé, j'étais à fond", a raconté la Canadienne, qui n'a pu remettre sa leader en jeu."Pauline et Sarah ont exécuté le plan. Mais Pauline n'a pas été assez forte aujourd'hui pour s'accrocher dans la pente avec les autres favorites pour le classement général. Elle a été proche de s'accrocher", tentait de positiver Rutger Tijssen, écartant au passage la thèse du coup de chaud, même si ce thème a souvent été abordé ces dernières heures par la Française elle-même : "Tout le monde souffre de la chaleur, on ne peut pas changer ça. On peut juste agir dessus. Pauline était à 99% aujourd'hui."En mode chasseuse d'étape"Je ne peux pas me plaindre ou trouver des excuses. La dernière bosse, je suis montée assez vite, les jambes tournaient bien. Je ne peux pas dire que j'étais dans une mauvaise journée. Je ne me suis pas sentie mal, je n'ai pas eu de défaillance, elles sont simplement plus fortes", a reconnu la championne olympique de VTT. "Je me sentais bien, jusque l'avant-dernière montée où ça allait avant de coincer un peu dans la partie la plus raide. J'ai essayé de me mettre en danseuse, ça n'allait pas plus vite. Là j'ai fait ce que j'ai pu, j'ai fini à fond jusque l'arrivée." Distancée dans les ascensions décisives de cette cinquième étape, Pauline Ferrand-Prévot analyse lucidement sa performance. La Française explique s'être sentie en forme, mais reconnaît que ses principales rivales étaient plus fortes. 1min Au moment de prononcer ses mots, Pauline Ferrand-Prévôt n'avait pas encore les écarts en tête, préférant les découvrir dans l'intimité du bus plutôt que face aux caméras. Mais la Française avait déjà compris. "Demi Vollering, Marlen Reusser et Kazia Niewiadoma sont un cran au-dessus. Je n'ai pas vu les temps mais je n'ai pas trop envie de les voir pour l'instant.

Il ne faut pas se voiler la face : maintenant pour le général, c'est irrécupérable", reconnaissait au micro de France Télévisions la tenante du titre, impressionnée par le niveau de ses adversaires. "J'étais plus forte à l'entraînement cette année que l'année dernière, donc je pense qu'elles ont passé un cap. Le kick qu'elles ont m'impressionne."Rutger Tijssen, lui, préférait entretenir le mince espoir de voir Pauline Ferrand-Prévôt revenir dans le coup pour le maillot jaune : "Dans le sport de haut niveau, les dés peuvent tourner en deux ou trois jours. La situation est difficile, mais je ne dirai pas que c'est terminé. On va viser des étapes avec l'équipe, avec toutes les coureuses. Il y a encore de très belles étapes à venir". Une thèse pas écartée par Marlen Reusser et Demi Vollering, prudentes en conférence de presse. La Champenoise, plus lucide, promettait, elle, simplement de "tout donner" : "Je vais me battre pour accrocher une étape, et elles peuvent avoir une défaillance. Tout peut se passer. N'importe quelle étape, le Ventoux ou la dernière, peut sauver le bilan. Je prends tout !"