C'est un premier long-métrage dont il ne faut pas trop dévoiler le cœur, car Paradise, en salles mercredi 19 août, se plaît à piéger son spectateur comme se retrouvent piégés ses personnages. On y suit les histoires parallèles de deux adolescents. Le premier, c'est Kojo, jeune Ghanéen, fils de pêcheur, obligé de ruser pour trouver de l'argent. Le second vit de l'autre côté de la planète, dans une petite ville du Québec.

Tony enchaîne les petits boulots, erre lui aussi avec ses amis dans la zone grise entre l'adolescence et la vie adulte. Il regorge de doutes et d'angoisse, comme Kojo, il cherche sa voie, plus que la stabilité. Tony habite avec sa mère dans une petite maison de banlieue. Il n'a jamais connu son père, mais elle semble entretenir une intense conversation amoureuse avec un homme sur Messenger. Paradise est construit en trois parties distinctes.

La première établit les deux environnements, le Québec et le Ghana. Deux colorimétries, l'une automnale, grise et orange, l'autre humide et chaude, plus sableuse. Sans jamais être en interaction, Tony et Kojo vivent en symétrie leur isolement. Deux scènes interposées les montrent en train de partager un joint avec leurs amis, mais leurs tourments intérieurs semblent les rendre plus seuls que jamais.

Drame et thrillerÀ la fin de son premier tiers, Paradise bascule vers le drame – le deuxième temps du film – et tout s'accélère afin de courir vers une troisième partie au ton d'un thriller policier. Jérémy Comte s'est servi d'une démarche quasi-journalistique dans son approche de la société ghanéenne en amont du tournage du film, appuyé de l'expérience de son coscénariste Will Niava.

Cela n'empêche pas le réalisateur d'entretenir avec soin une ambiance mystérieuse et onirique. Le tout traduit le message en filigrane que transporte Paradise : mensonge et réalité se discernent difficilement quand on est aveuglé par ses désirs. Cet aveuglement, lui, vient de la tristesse et du désespoir. Tout en nuances, le premier film de Jérémy Comte est une grande réussite. Paradise est court, efficace dans sa narration et dans l'écriture de ses personnages principaux.

Sa troisième partie peut surprendre et laisser de côté le spectateur par sa rupture de ton un peu brutale. Mais sa réalisation, elle, intime pour ses personnages, grandiose pour leurs environnements, imprime la rétine jusqu'à sa dernière scène. "Paradise" de Jérémy Comte, en salles le 19 août 2026.

(TANDEM) La ficheGenre : DrameRéalisation : Jérémy ComteAvec : Daniel Atsu Hukporti, Joey Boivin-Desmeules, Benjamin Kwao DelaliPays : Canada, France, Ghana Durée : 1h33Sortie : 19 août 2026Distributeur : TandemSynopsis : Au Ghana, Kojo, adolescent marqué par la disparition de son père en mer, se rapproche des gangs de rue sans parvenir à combler le vide qu'il ressent.

Pendant ce temps, au Québec, Tony, en quête de repères, s'interroge sur l'homme dont sa mère est amoureuse et qui pourrait être le père qu'il n'a jamais connu... Entre la lente déchéance de l'un et la recherche d'identité de l'autre, un lien insoupçonné se tisse, unissant les destins croisés de ces deux jeunes hommes que tout semble séparer.