C'est la plus grosse attaque de drones sur Moscou en deux ans, selon l'agence Itar-Tass. 620 drones ont été lancés sur la capitale et sa région la nuit dernière, précise le maire de Moscou. Beaucoup ont été interceptés mais il y aurait 3 blessés. Dimanche déjà, une attaque similaire avait fait 12 morts en Russie. L'Ukraine accentue donc sa pression sur Moscou. Entretien avec Ulrich Bounat, analyste géopolitique, chercheur associé à Euro Creativ.
Sur cette photo diffusée par la chaîne Telegram officielle du gouverneur de la région de Moscou, Andreï Vorobiov, des flammes et de la fumée s'élèvent d'un chantier à la suite d'une attaque de drone ukrainien dans un lieu non divulgué de la région de Moscou, en Russie, le mardi 18 août 2026. © Moscow Region Governor Andrei Vorobyov's office via AP Par : Murielle Paradon Publicité Lire la suite RFI : Comment expliquer la montée en puissance des frappes de drones ukrainiens, tant en volume qu’en portée ?
Ulrich Bounat : Ce qui frappe, c'est cette capacité désormais des Ukrainiens à envoyer quasiment quotidiennement 500 à 600 drones en direction de Moscou. Donc on voit une montée en puissance de la capacité en volume et en distance des Ukrainiens à frapper le territoire russe. Pour les chiffres qui tournent, notamment pour le FP-1, qui est l'un des principaux drones utilisés pour ces frappes longue distance, c'est 300 drones produits par jour. Donc ça vous donne une idée des volumes colossaux qui sont désormais produits par les Ukrainiens pour réaliser ce genre de frappes.
Et l'autre aspect, c'est une volonté de mettre une pression politique sur la Russie qui elle-même envoie des missiles balistiques pour mettre sa propre pression politique. Mais il y a probablement une volonté de la part des Ukrainiens de monter en puissance. C'est la raison pour laquelle je pense que c'est essentiellement l'oblast de Moscou qui est visé, parce que c'est sans doute celui qui est le plus visible de l'ensemble des Russes. Et il est probable aussi que les Ukrainiens se calent un peu sur le calendrier politique en Russie. Il y aura des élections législatives dans un mois maintenant, entre le 18 et le 20 septembre. Et donc les Ukrainiens essaient de faire en sorte que la population soit de plus en plus exaspérée juste avant les élections pour essayer de voir si ça fait bouger le Kremlin dans sa posture par rapport à la guerre en Ukraine .
Vous l'évoquiez il y a un instant, Moscou répond toujours en envoyant beaucoup de drones, mais il y a aussi beaucoup d'attaques de missiles, alors que l'Ukraine n'envoie pas encore par des missiles.
Non, mais ça va venir. Effectivement, pour l'instant, les Ukrainiens répliquent avec ce qu'ils ont, c'est-à-dire essentiellement des drones, mais qui sont de plus en plus sophistiqués, qui vont de plus en plus loin et qui prennent de plus en plus de charge utile en termes d'explosifs.
Mais en revanche, dans cette phase d'escalade, on sait que les Ukrainiens sont en train de développer leurs propres missiles balistiques, et on peut s'attendre cet automne et cet hiver à des échanges de tirs de missiles balistiques entre les deux parties. On peut par exemple citer le FP-9 qui est un missile balistique en cours de finalisation de développement par les Ukrainiens qui emporte 800 kilos d'explosifs. Un drone, c'est à peu près 100-150 kilos d'explosifs, donc ça vous donne une idée du type de dégâts que cela peut engendrer dans les prochaines semaines.
Et il est très probable que, n'ayant pas d'intercepteurs anti-balistiques, les Ukrainiens vont essayer en quelque sorte de dissuader Vladimir Poutine d'envoyer des missiles balistiques sur l'Ukraine en envoyant eux-mêmes leurs propres missiles balistiques sur la Russie.






