C'est à l'âge de 13 ans que Maryam quitte l'Afghanistan avec sa famille. Elle traverse onze pays différents avant d'arriver en France, un mois et demi plus tard. "La réalité de l'immigration, je pense, est toujours cachée. Il y a des moments très compliqués sur la route. Des moments où on ne sait pas combien d'heures on va marcher. Est-ce qu'on aura un moyen de transport ? Est-ce qu'on va avoir de l'eau ? Quand pourra-t-on manger sur la route ? Ces questions, on se les pose tout le temps. Tout en restant vigilant parce qu'il y a aussi la peur, la tristesse de quitter son pays. Donc c'est tout un mélange d'émotions qu'on garde pour soi."Et c'est l'arrivée à Nantes, où elle apprend le français. Elle est scolarisée, au collège puis au lycée. Et moins de 10 ans après son arrivée, elle ouvre son restaurant dédié à la cuisine d'Asie centrale, baptisé Parvana, un mot qui raconte son histoire. "Parvana, cela veut dire papillon. C'est aussi l'histoire d'une fille afghane qui a vécu sous le régime taliban pendant les années 2000. Une femme qui s'est rasé la tête, qui s'est déguisée en homme pendant deux ans pour aider sa famille. Parvana a été une leçon de courage pour les Afghans." Le restaurant Parvana à Nantes propose des recettes d'Asie centrale (ANNE-LAURE JUMET / RADIO FRANCE) Et la cuisine l'a rattrapée.

Elle avait pourtant suivi d'autres cursus : formation d'architecte d'intérieur ou encore aux métiers de la vente. Mais lors d'un petit boulot sur un marché de Noël, c'est le déclic : elle en fera son métier. Et ça ne vient pas de nulle part. "Je cuisine depuis que je suis petite avec ma mère, comme toutes les filles afghanes d'ailleurs. On apprend toujours à la maison", explique-t-elle. Et son restaurant est une histoire de famille puisque ses parents et sa sœur l'accompagnent dans cette aventure. "On cuisine ensemble le matin, il y a le service le midi et après on mange tous ensemble. C'est tous ces moments qu'on a eus dans l'enfance qu'on repartage aussi, tout en travaillant", dit-elle dans un sourire.Et pour raconter son histoire, Maryam planche sur l'écriture d'un livre avec des illustrations, qu'elle autoéditera le moment venu. Elle veut ainsi envoyer un message aux femmes afghanes "pour dire à celles qui sont passées comme moi par le chemin de l'immigration ou qui sont restées en Afghanistan qu'on peut parler de nos parcours et de nos vies qui sont un peu particulières et un peu difficiles. Je veux leur dire qu'on n'est pas seules, on est accompagnées et on peut partager tout ce qu'on a vécu, parce que ça reste quand même très beau." À lire aussi Cinq ans après le retour des talibans au pouvoir à Kaboul, les femmes afghanes toujours invisibilisées Maryam travaille beaucoup, souvent de 7 heures à 23 heures, mais elle sait pourquoi elle le fait, dit-elle : Parvana permet de financer en partie une association Adaalat, qu'elle a créée pour soutenir les femmes et enfants sans-abri en Asie centrale.