Spider-Man ne casse pas seulement du super-vilain, il brise aussi des records au box-office. Dans ce quatrième opus intitulé Brand New Day, sorti mercredi 29 juillet en France, l'acteur britannique Tom Holland renfile le costume d'homme-araignée et incarne un Peter Parker mélancolique après avoir effacé son identité de la mémoire du monde entier et désormais confronté à de nouvelles menaces. À lire aussi "

Spider-Man: Brand New Day" : nouveau départ en solitaire pour l'homme araignée Après cinq ans d'absence au cinéma depuis la sortie de No Way Home (2021), le public est encore au rendez-vous. En France, plus de 2 500 000 entrées ont été enregistrées lors de sa première semaine d'exploitation, le hissant déjà à la huitième place du box-office français en 2026. C'est au box-office nord-américain que le film réalisé par Destin Yori Daniel Cretton a surtout battu ses camarades super-héros en réalisant le meilleur démarrage de l'histoire avec 360 millions de dollars de recette, dépassant de peu le dernier film Avengers en date Endgame (2019), point d'orgue de l'univers cinématographique Marvel. À l'échelle planétaire, Brand New Day signe le deuxième plus grand démarrage de l'histoire du cinéma, avec 932 millions de dollars de recette, juste derrière Endgame et ses 1,2 milliard.Spider-Man est "une valeur refuge dans la crise du cinéma"La fréquentation des salles obscures dans le monde entier est pourtant en baisse de 40% depuis 2019, année du début du Covid et de l'explosion des plateformes de streaming en ligne, comme le rappelait le président du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), Gaëtan Bruel en juin. Les films de super-héros ne font pas exception et malgré leur rentabilité, ils enregistrent eux aussi une baisse en salle."Spidey" est le seul super-héros Marvel dont les films "solo" ont dépassé à deux reprises, et bientôt trois, le milliard de dollars recette dans le monde, même pendant le Covid. La régularité de l'homme-araignée au fil des années interroge. Même si la présence de Tom Holland et Zendaya au casting, deux des acteurs les plus en vogue à Hollywood, ne suffit pas à expliquer une telle popularité.

Capture d'écran de Spider-Man : Far From Home, réalisé par Jon Watts en 2019 où Zendaya et Tom Holland incarnent respectivement MJ et Peter Parker. (MARVEL) Son succès est mondial, à commencer par le marché chinois. Ce dernier est ,depuis quelques années, "faiseur de roi du box-office", explique à franceinfo Xavier Fournier, spécialiste de bande dessinée américaine. Pour son premier jour d'exploitation dans le pays, Brand New Day a rapporté 35 millions de dollars, en 2019 le second opus avec Tom Holland engrange 200 millions de dollars. Les spectateurs chinois n'ont pourtant pas vu l'ombre d'un film de super-héros américain depuis sept ans et "la Chine a bloqué la sortie de certains films comme Doctor Strange 2 ou Eternals, ce qui a affecté leur nombre d'entrées au box-office mondial sur un marché où ce pays pèse de plus en plus", ajoute l'essayiste et créateur du podcast Aventures Fictions.Au-delà du poids de la Chine, Spider-Man a "une telle notoriété que c'est une valeur refuge [pour les producteurs] dans un contexte de crise pour ce genre cinématographique en berne depuis le Covid et qui même, de manière plus globale, a du mal à se renouveler", explique à franceinfo Philippe Guedj, journaliste culture au Point et coréalisateur du documentaire Marvel Renaissance (2014). La franchise fonctionne, jusque dans le cinéma d'animation.

Le succès récent de Spider-Man: Across the Spider-Verse (2023), dérivé du même univers mettant en scène le jeune Miles Morales dans le costume de l'homme araignée a rapporté 690 millions de dollars, "un chiffre énorme pour un film d'animation", souligne Xavier Fournier.Une popularité depuis les années 1960Qu'il prenne les traits de Tom Holland, Andrew Garfield ou de Tobey Maguire, les aventures de Peter Parker sont massivement suivies sur grand écran depuis 2002 avec la sortie du premier film. La trilogie mise en scène par Sam Raimi "engendre un phénomène culturel et déclenche un big bang des super-héros sur grand écran, qui convainc l'ogre Disney [par l'achat de Marvel Studios en 2009]", détaille Philippe Guedj. Un an après la sortie de Spider-Man 3 (2007), Paramount et Marvel studios sortent Iron Man (2008) et posent la première pierre angulaire de l'univers cinématographique Marvel, mondialement connu aujourd'hui. Capture d'écran du film Spider-Man 1 réalisé par Sam Raimi en 2002, Tobey Maguire interprète de Peter Parker. (MARVEL) Malgré la sortie du X Men (2000) de Bryan Singer, issu des comics Marvel, l'explosion de cet univers de super-héros sur grand écran a eu lieu avec Spider-Man et n'a rien d'anodin. Peter Parker, développé en 1962 par Stan Lee sous les traits de crayon du dessinateur Steve Ditko, est en effet "le visage multimédia de Marvel depuis la fin des années 1960", précise Xavier Fournier.En plus du succès de la bande dessinée, la série télévisée The Amazing Spider-Man (1977) rencontre un franc succès aux Etats-Unis et en Europe grâce au dessin animé du même nom où l'homme-araignée tisse progressivement sa toile dans le cœur des lecteurs et des spectateurs. "Les gens qui regardaient le dessin animé ont grandi, ont eu des enfants puis des petits enfants. On peut trouver 3 générations qui regardent Spiderman jusqu'à aujourd'hui avec les films, il y a quelque chose de familial et d'intergénérationnel chez lui", poursuit le spécialiste de bande dessinée américaine.Ce dernier le qualifie même de "héros positif et consensuel", en comparaison aux autres super-héros populaires du XXe siècle à l'instar de "Batman, coqueluche de l'époque mais qui évolue dans un univers très sombre" et "Superman, très populaire aux Etats-Unis mais moins dans le reste du monde en raison de son patriotisme américain qui le rend plus clivant".Un super-héros "du quotidien" plus humainNi Dieu comme Thor ni alien comme Superman, Peter Parker n'est qu'un simple lycéen harcelé, résilient malgré les difficultés. "C'est aussi un orphelin qui vit une tragédie avec la mort de son oncle. Le personnage porte en lui une fragilité qui peut entrer en résonance avec le public", analyse Philippe Guedj. Dans sa vie d'adulte, les soucis de Peter Parker restent quotidiens lorsqu'il "est exploité par son patron et rencontre des problèmes financiers", précise Xavier Fournier. Tobey Maguire incarnant Peter Parker, livreur de pizza dans Spider-Man 2 réalisé par Sam Raimi en 2004. (MARVEL) Spider-Man rend une "justice du quotidien à la différence de ses confrères super-héros. Il combat des malfaiteurs à New-York, pas dans l'espace avec cette dimension de proximité du petit larcin du coin, qui le rend plus terre à terre", complète Philipe Guedj.Son illustre costume rouge et bleu relève même du "coup de génie" pour ce dernier, suscitant selon lui "une attraction auprès des enfants sans même qu'ils n'aient lu ou vus des contenus en lien avec Spider-Man". Lorsque Peter Parker enfile son masque, il plonge dans l'anonymat le plus total et surtout "permet à un jeune public de s'identifier à lui, peu importe la couleur de peau. C'est là qu'intervient le coup de maître avec Miles Morales [également Spider-Man] aux origines latinos et africaines", poursuit l'expert de l'univers Marvel au cinéma. Une perméabilité qui permet de donner mille visages à son héros au cinéma et une ferveur indéboulonnable au fil des ans.