Que reste-t-il quand les flammes s’en vont, que les parcelles arrêtent de fumer, et que les troncs noircis sont coupés ? Il reste les plans d’urgence, des rustines nécessaires mais forcément insuffisantes, pour reconstruire les habitations détruites, reloger les ménages, alléger les charges des entreprises, pousser les assurances à indemniser rapidement les sinistrés… Autant de mesures impératives, promises lundi 17 août par le gouvernement mais qui ne changeront pas le fond du problème. Les catastrophes reviendront, été après été, sans doute plus fortes et plus incontrôlables, si on en croit les scientifiques. À lire aussi Le coût des mesures pour venir en aide aux sinistrés des incendies en Gironde et dans les Landes pourrait dépasser 100 millions d'euros, selon Sébastien Lecornu Faire croire aux Français que le durcissement des peines à l’égard des pyromanes fera disparaître les incendies géants, comme le proposent les alliés de Marine Le Pen, qui fustigent "la culture de l’excuse", est une illusion.

Les facteurs de ces mégafeux sont connus : si ces incendies sont incontrôlables, c’est qu’ils sont accentués par la sécheresse, les canicules, le peuplement des forêts en monoculture.Prévoir et pas seulement soignerFace à ces phénomènes, le politique doit prévoir, et pas seulement soigner. Aucune n'est miraculeuse mais les solutions sont répertoriées par l’Office national des forêts : diversifier les essences, gérer durablement les massifs et bien sûr, lutter plus sérieusement contre les causes du réchauffement climatique. Des changements qui impliquent un budget, une volonté politique forte et un plan de long terme.En cas d’inaction politique, le premier risque c’est évidemment que le phénomène se répète, s’amplifie, et avec lui, la perte définitive de forêts, puits de carbone essentiels pour capter le CO2. La deuxième conséquence, c’est aussi une fracture invisible, un incendie démocratique, qui se nourrit de l’incompréhension et du ressentiment d’une partie de la population. Lundi, Sébastien Lecornu a été hué lorsqu’il est arrivé au Porge, un village de Gironde où près de 200 maisons ont brûlé. Les habitants rassemblés reprochent, entre autres, à l’État d’avoir privilégié le sauvetage du village du Cap Ferret, riche repère de stars et de milliardaires, plutôt que leur commune, plus modeste.Face aux cris des habitants de Porge, Sébastien Lecornu, qui s'est dit "compréhensif" en conférence de presse, a appelé à la "rationalité", en rejetant, les "quelques dérives un peu complotistes". Les huées sur son passage racontent pourtant beaucoup plus qu’un simple emportement de sinistrés désemparés, chauffés par les réseaux sociaux : elles sont le signe d’une crise profonde de confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.