Il y a un mois encore, Kylian Mbappé arrivait en Coupe du monde avec un fort vent de face. Sa saison blanche au Real Madrid, sa faible implication défensive et son manque d'efficacité en préparation avaient fait émerger des voix réclamant son repositionnement, voire son passage sur le banc de touche. De ce grésillement désagréable ne reste qu'un écho très lointain, à peine perceptible, tant le capitaine des Bleus impressionne dans cette Coupe du monde.

Plus encore que ses sept buts inscrits en cinq matchs, il incarne parfaitement son rôle de leader au moment où l'équipe de France vise une place en demi-finales, lors du match contre le Maroc, jeudi 9 juillet.

À lire aussi • Direct France-Maroc : les Bleus défient les Lions de l'Atlas à 22 heures pour une place en demi-finale, suivez le match avec nous "Il nous étonne à chaque entraînement, à chaque match", soufflait Bradley Barcola après le doublé contre le Sénégal deux réalisations qui ont propulsé Kylian Mbappé au sommet du classement des meilleurs buteurs de l'histoire de l'équipe de France.

Pour ce premier match, il avait à la fois débloqué la situation et obtenu le dernier mot en répondant tout de suite à la réduction du score sénégalaise. Il s'est ensuite montré décisif par le but ou la passe lors de chacun des matchs suivants en faisant parler l'intégralité de sa palette d'attaque.

A 27 ans, il cause toujours autant de dégâts quand il prend de la vitesse — balle au pied ou par un appel dans le dos de la défense —, est capable de se créer son but tout seul comme contre la Suède, mais aussi de participer au jeu et faire briller ses coéquipiers par la passe. À lire aussi "Nous devons vaincre le racisme ensemble" : Gianni Infantino, le président de la Fifa, apporte son soutien à Kylian Mbappé Son leadership dépasse le cadre du rectangle vert.

Dans son rôle de capitaine, il est monté au créneau pour défendre Ousmane Dembélé au sortir du premier match du tournoi, une nouvelle prestation décevante du Parisien sous le maillot bleu. Le lendemain, face à l'Irak, le Ballon d'or a marqué son tout premier but en Coupe du monde sur une passe décisive du Madrilène, puis, y est allé de son triplé contre la Norvège.

Un capitaine rassembleurLa première pensée du n°10 des Bleus après avoir ouvert le score contre la Suède a été de courir en direction du banc de touche pour communier avec son sélectionneur, endeuillé par la perte de sa mère en pleine compétition. Il a emmené dans son sillage le reste de l'équipe et matérialisé cette union sacrée qui transparaît depuis le début de l'aventure américaine. Pour les joueurs et membres du staff tricolores, Kylian Mbappé n'a pas brutalement changé.

"Il est très naturel comme il l'a toujours été. Il est à l'écoute de ses coéquipiers et guide par l'exemple", assure Jules Koundé, qui le côtoie en sélection depuis cinq ans. Quel but de Kylian Mbappé ! ⚽️🔥Lancé dans la surface, il élimine son défenseur avant d'aller marquer tout seul. com/suzYqqW9sc— M6 - Coupe du Monde de la FIFA 2026™ (@M6) June 30, 2026 Il y a bien eu quelques petits ajustements. On l'a, par exemple, vu effectuer plusieurs replis défensifs autoritaires.

Mais c'est surtout sa communication qui a évolué. En six matchs de Coupe du monde, il ne s'est présenté qu'une seule fois en conférence de presse — une rareté pour un capitaine, qui tranche avec l'exposition médiatique qu'imposait jusqu'ici son statut. Quand il s'exprime, le message est clair. Dire "s'il faut mettre les mains dans la merde, on mettra les mains dans la merde" est un pied de nez aux accusations de starification.

Le prodige de Bondy ne veut pas capter toute la lumière, et a consenti à installer un filtre qui n'existait pas là auparavant. "J'ai juste l'impression d'être un joueur qui a pleinement conscience de ce qu'il joue, c'est-à-dire une Coupe du monde, du fait de représenter plus de 67 millions de Français. Je vais essayer de donner la meilleure image de mon pays et d'en marquer l'histoire", a-t-il développé dans son unique conférence de presse du Mondial, avant l'Irak.

Une prise de parole qui avait débuté par une question particulièrement offensive, mêlant trois thèmes à vif : sa saison blanche au Real Madrid — la même question l'avait irrité un an plus tôt et sa réponse était devenue virale —, son manque d'implication défensive et la réussite du PSG, avec qui il est en plein litige financier. Il avait alors décidé de ne répondre qu'à la dernière partie de la question, sans le moindre signe d'agacement.

A l'issue de la victoire sur les Irakiens, il avait confirmé son positionnement : "Moi, je pense seulement à aider mon équipe. "Kylian Mbappé ne monopolise plus l'espace médiatique par ses mots, même s'il a dû répondre aux propos racistes d'une sénatrice paraguayenne sur les réseaux sociaux.

"Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l’honneur tout au long de la compétition", lui a-t-il rétorqué, sans tomber dans le piège de l'escalade, qui aurait transformé la joute en conflit diplomatique. La tension sur le terrain et le sentiment d'injustice lié aux décisions arbitrales lors de ce match avaient déjà renforcé le sentiment d'appartenance à cette équipe de France, guidée par un Kylian Mbappé qui ne se laisse pas déstabiliser.

L'épisode a fini de solidifier un peu plus l'aura du joueur en même temps que l'union sacrée autour du groupe. Il se voit comme un "joueur avec de la bouteille"Reste que cette maîtrise de l'image n'annule pas son statut de star et qu'il est habitué à attirer les reproches à la moindre performance décevante. Kylian Mbappé reste omniprésent et ne se contentera jamais d'être un simple joueur de football qui porte le brassard. Il sortira toujours du cadre.

À l'entraînement, au lendemain de France-Sénégal, il s'était invité au milieu des journalistes venus filmer la séance des remplaçants, avant de grimper sur une structure en hauteur pour disposer d'une vue plongeante sur le terrain, aux côtés de l'analyste vidéo du staff — jusqu'à ce que la cellule de communication intervienne pour recentrer l'attention des caméras.

Un statut à part que confirment aussi les petits détails du quotidien : un homme, accrédité comme le reste du staff, veille sur lui en permanence — il porte sa valise à l'arrivée à Boston, récupère sa sucette avant une conférence de presse à Philadelphie, l'escorte encore dans le tunnel à la sortie du bus.

La grande différence avec l'Euro 2024, resté comme un cru décevant malgré le parcours jusqu'en demi-finales, est que Kylian Mbappé ne doit plus vraiment partager le leadership avec des anciens plus ancrés que lui. Les retraites internationales d'Antoine Griezmann et d'Olivier Giroud en ont fait un personnage encore plus central.

Si à 27 ans, il se situe pile dans la moyenne d'âge du groupe (14e joueur le plus jeune sur 26), le Madrilène compte plus de sélections en équipe de France que tous ses coéquipiers. "Je commence à être un joueur avec de la bouteille. J'ai tout connu avec l'équipe de France, soulignait l'intéressé au micro de M6 avant le début de la Coupe du monde. C'est un plaisir de guider les jeunes sur l'aspect émotionnel.

Savoir que le monde s'arrête pour te regarder, c'est quelque chose que tu dois savoir gérer pour ne pas perdre tes moyens. C'est le plus grand adversaire du tournoi". Contre le Maroc, il jouera son 20e match dans la compétition et égalera le record pour un joueur français, établi par Hugo Lloris. A seulement 27 ans.