Elephant grimpeur, dauphin rose, léopard câlin... De fausses images créées par l'IA altèrent la perception de la faune et modifient les comportements, ce qui peut s'avérer dangereux pour les animaux comme pour les humains, préviennent les experts. "Cette incompréhension peut amener les gens à s'approcher de trop près des animaux ou à interagir avec eux de manière dangereuse", dit à l'AFP José Guerrero-Casado, professeur de zoologie à l'université de Cordoue, en Espagne.
Il cite l'attaque très médiatisée d'une femme qui avait tenté de s'approcher d'un léopard des neiges, un spécimen rare, pour prendre une photo, dans la région chinoise du Xinjiang. "Des gens pourraient être blessés"Pour les experts de la conservation, les images générées par IA qui dépeignent des bêtes sauvages comme mignonnes ou câlines peuvent alimenter l'exploitation animale.
Elles soutiennent la demande de certaines espèces "qui seront utilisées pour le tourisme en tant qu'accessoires photos, exploitées pour faire du contenu pour les réseaux sociaux ou conservées en tant qu'animaux de compagnie", liste Chris Lewis, chercheur de l'association caritative de défense de la vie sauvage Born Free. Elle déplore aussi que les faux contenus "désensibilisent" le public aux vraies images, même les plus extraordinaires, en instillant le doute.
"Quand vous faites une chose de remarquable, des gens la remette en cause", se désole Mme Roberts, racontant cette fois où une caméra installée par son organisation a capté un tigre et cinq petits en Chine. Les images d’adorables chatons, l’un des socles de la culture Internet, sont de plus en plus souvent générées par intelligence artificielle.
co/aPHvSQ43sI— Jonathan Chan 💡📣 (@ChanPerco) August 10, 2026 Une étude publiée en septembre dans la revue Conservation Biology, coécrite par M. Guerrero-Casado, a qualifié de "grave menace" à la société cette prolifération à grande vitesse de faux contenus IA. Un autre enjeu est ainsi "la capacité des gens à identifier les espèces" correctement.
Autrement dit, on se méprendrait, à cause de visuels trompeurs, sur le nombre réel de spécimens et la véritable aire de répartition des animaux. D'autant que les scientifiques récupèrent souvent des images vérifiées de particuliers pour leurs travaux. Les créations de l'IA pourraient donc nuire à la qualité des recherches, ont récemment mis en garde plusieurs experts dans la revue Nature.
Meta, la maison mère de Facebook, ainsi que TikTok, qui rémunèrent l'AFP dans le cadre d'un partenariat pour vérifier les posts potentiellement trompeurs, demandent déjà à leurs utilisateurs de préciser clairement qu'un contenu a été fait par IA quand il est réaliste. Ces réseaux affirment également avoir des outils qui étiquettent automatiquement les créations de l'IA.
Cependant, les journalistes de vérification digitale de l'AFP ont repéré de nombreuses publications à base d'IA qui n'étaient pas marquées comme telles, même quand leurs auteurs le spécifiaient à l'écrit dans la légende. "La conservation dépend d'une société bien informée qui comprend les besoins écologiques des espèces sauvages", résume M. Guerrero-Casado. "Les faux contenus générés par l'IA ne servent pas cet objectif".
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