C'est l'un des grands noms de la natation française qui vient de tirer sa révérence. Deux ans après sa dernière compétition internationale, les Jeux olympiques de Paris 2024, Florent Manoudou a officiellement annoncé sa retraite, jeudi 13 août, dans la piscine de Saint-Denis, antre des championnats d'Europe de natation, avant d'y être honoré samedi.

L'occasion pour franceinfo: sport de revenir sur l'immense carrière de l'homme aux 36 médailles internationales, petit et grand bassins confondus.3 août 2012 : la révélation à LondresDans le centre aquatique de Londres, le Français est loin d'être le favori au titre olympique. Florent Manaudou, 21 ans, a validé son ticket pour ses premiers JO en prenant la deuxième place du 50 m nage libre des championnats de France derrière Amaury Leveaux. Engagé à la ligne d'eau numéro 7, le jeune Tricolore s'est qualifié pour la finale olympique avec le 6e temps des demi-finales (21"80), dans l'ombre du grand favori brésilien César Cielo, tenant du titre et recordman du monde de la distance à l'époque (20"91 en 2009).Mais dans une course aussi indécise que le 50 m nage libre, le fougueux Français joue sa carte à fond. Auteur d'un excellent départ, le natif de l'Ain résiste jusqu'au bout pour s'imposer en 21"34, nouveau record personnel à la clé, devant l'Américain Cullen Jones (21"54) et César Cielo (21"59). Avec ce chrono, le plus rapide depuis la disparition des combinaisons en polyuréthane, Florent Manaudou devient le 9e meilleur performeur de l'histoire. Celui qui était perçu comme "le petit frère de Laure Manaudou", se fait à son tour un nom et rejoint sa sœur au rang des Français sacrés champion olympique de natation. Le podium du 50 m nage libre des JO de Londres 2012 avec, de gauche à droite, Cullen Jones, Florent Manaudou et César Cielo. (MARTIN BUREAU / AFP) "Si je n'y avais pas cru, je n'aurais pas fini premier aujourd'hui", avait alors estimé le nageur tricolore "Je pense que je devais être le plus détendu de la finale. Je savais que c'était la clé pour un 50 m". A la sortie du bassin, Florent Manaudou se jetait dans les bras de sa sœur, championne olympique du 400 m nage libre en 2004 à Athènes, l'une des images les plus marquantes des JO de Londres. Laure Manaudou et son frère Florent à la sortie du bassin, après le sacré olympique du Français sur 50 m nage libre, le 3 août 2012, à Londres. (CHRISTOPHE SIMON / AFP) 2014 : la razzia aux championnats d'Europe de BerlinUne fois arrivé au sommet, le plus dur est d'y rester. Florent Manaudou en sait quelque chose. Champion olympique en titre, le Français fait maintenant figure de favori quand il arrive sur le plot de départ. Et aux Mondiaux de Barcelone, en 2013, tout ne se passe pas comme prévu. Dominateur en séries puis en demi-finales du 50 m nage libre, le Marseillais d'adoption bute en finale, où il termine à une décevante 5e place en 21"64. Huitième de la finale du 50 m papillon, le "gorille", comme il aime se surnommer, peut se consoler avec le sacre mondial sur le 4x100 m nage libre, en compagnie de Yannick Agnel, Fabien Gilot et Jérémy Stravius."Je pense qu'on revient mieux d'un échec que d'une victoire", déclarait alors Florent Manaudou. Ses performances suivantes ne lui donneront pas tort. Aux championnats d'Europe de Berlin l'année suivante, le Français de 23 ans est intouchable. Il remporte le 50 m nage libre, avec un nouveau record personnel (21"32), puis le 50 m papillon, le 100 m nage libre et le relais 4x100 m nage libre avec Mehdy Metella, Fabien Gilot et Jérémy Stravius. Florent Manaudou lors de sa victoire sur le 100 m nage libre des championnats d'Europe, le 22 août 2014, à Berlin. (STEPHANE KEMPINAIRE / AFP) Pour sa première compétition européenne en grand bassin, le nageur d'Ambérieu-en-Bugey sauve le bilan des Bleus, en décrochant l'ensemble des médailles d'or du clan français. Avec quatre sacres continentaux lors d'une même édition, il rejoint également sa sœur, Laure, qui avait réalisé pareille performance lors de l'Euro 2006, à Budapest.2014-2015 : premières couronnes mondialesEntre 2014 et 2015, Florent Manaudou surfe sur ses performances aux championnats d'Europe de Berlin. Dans le bassin de 25 mètres de Doha (Qatar), le nageur de 24 ans remporte l'or sur le 50 m nage libre en établissant un nouveau record du monde (20"26), battu en 2019 par Caeleb Dressel (20"24). Sur le 50 m dos, le Tricolore s'empare également du titre avec la meilleure performance mondiale de tous les temps (22"22), un record effacé des tablettes huit ans plus tard par le Russe Kliment Kolesnikov (22"11).Ultra-favori lors des championnats du monde en grand bassin en 2015, le champion olympique 2012 ne déçoit pas. Après l'or sur le 4x100 m nage libre aux côtés de Fabien Gilot, Mehdy Metella et Jérémy Stravius, Florent Manaudou est sacré sur 50 m papillon, son premier titre mondial en individuel. Cinq jours plus tard, le natif de l'Ain retrouve les sommets en s'imposant sans contestation sur le 50 m nage libre (21"19), devant l'Américain Nathan Adrian (21"52) et le Brésilien Bruno Fratus (21"55). Florent Manaudou avec Jérémy Stravius, Fabien Gilot et Mehdy Metella lors du sacre des Bleus sur le relais 4x100 m nage libre des championnats du monde 2015 à Kazan. (MARTIN BUREAU / AFP) "Pour tout vous dire, je n'étais pas très rassuré après les demies d'hier, mais j'ai fait un bon start. Ce n'est que du bonheur aujourd'hui", réagissait le gaillard d'1m99, auteur, ce soir là, de la 3e meilleure performance de tous les temps sur la distance.2016 : l'heure de défendre son titre à Rio12 août 2016. Florent Manaudou remet son titre olympique en jeu sur 50 m nage libre au Brésil. Le Français de 25 ans arrive en forme. Trois mois plus tôt, à Londres, il a conservé son titre de champion d'Europe de la distance. Dans le bassin de Rio, le nageur de l'Ain est plein centre, ligne d'eau n°4. En demi-finale, il a frappé un grand coup avec le meilleur chrono : 21"32, mieux que ce qui lui a permis d'accrocher l'or à Londres (21"34).Mais ce soir-là, le Marseillais d'adoption ne réalise pas un départ aussi saignant qu'à l'habitude. "Je fais un mauvais 15 mètres, je sors sans vitesse", déclarait en zone mixte Florent Manaudou. A l'arrivée, le Tricolore est battu pour un petit centième par l'Américain Anthony Ervin (21"40). "Le sport ce n'est pas toujours gagner, c'est aussi perdre", concédait au bord des larmes le vice-champion olympique. "C'est un mec de 35 ans qui a l'âge de Fred Bousquet qui me bat ce soir, mais c'est une belle histoire quand même". Florent Manaudou après sa 2e place en finale olympique du 50m nage libre, le 12 août 2016, à Rio de Janeiro. (MARTIN BUREAU / AFP) En argent avec le relais 4x100 m nages libre, toujours en compagnie de Mehdy Metella, Jérémy Stravius et Fabien Gillot, Florent Manaudou quitte finalement le Brésil avec deux médailles. Un seul podium de plus sera glané par la natation française grâce au bronze de Marc-Antoine Olivier sur le 10 km en eau libre.2016-2019 : retour au premier amour"Je vais avoir besoin de souffler, c'est sûr. Revenir ou ne pas revenir ? Je ne sais pas… J'ai envie de prendre du plaisir dans ma vie, de faire des sports qui me tiennent à coeur", avait amorcé Florent Manaudou après sa 2e place aux JO de Rio. Il a tenu parole. Le 27 septembre 2016, il annonce officiellement quitter les bassins pour le terrain de handball, le sport de sa jeunesse. "J'ai commencé à partager l'entraînement de l'équipe 2 du club d'Aix Handball, car j'ai abandonné trop tôt ce sport collectif complémentaire à la natation", écrivait alors le spécialiste du 50 m nage libre.Installé au poste de pivot, Florent Manaudou est titularisé à dix reprises lors de son premier exercice en National 2 et inscrit 15 buts. "Le bilan au bout de deux ans, c'est qu'il est devenu un joueur de handball, c'est indéniable. Mais il est un joueur de handball de quatrième division", jugeait le double champion olympique Jérôme Fernandez, entraîneur de l'équipe première du Pays d'Aix Université Club handball au micro d'Olympics. Florent Manaudou sous le maillot du club d'Aix-en-Provence, lors d'un match contre Mougins Mouans-Sartoux, le 4 février 2017. (BORIS HORVAT / AFP) Finalement, en novembre 2018, le Tricolore renfile son maillot de bain lors des interclubs de natation à Istres. Son chrono sur 50 m nage libre (20"62) impressionne. "On souhaitait lui proposer un contrat pro pour être le troisième pivot de l'équipe première, confiait Jérôme Fernandez au Parisien en mars 2019. Mais il m'a dit qu'il s'était bien senti aux compétitions interclubs de natation de novembre dernier, et qu'il souhaitait repartir vers cette discipline".2021 : le sauveur de la natation tricoloreLe 19 mars 2019, Florent Manaudou annonce son pari fou : être du voyage à Tokyo pour les Jeux olympiques, après trois ans loin des bassins. La route jusqu'à la finale du 1er août 2021 n'a rien d'évidente. Fin mai 2021, le nageur de 29 ans ne prend que la 5e place du 50 m nage libre des championnats d'Europe de Budapest. Un mois plus tard, il perd son titre national face à Maxime Grousset. C'est la première fois depuis neuf ans qu'il n'est pas sacré aux Championnats de France.Mais comme tout grand champion, le "gorille" s'est réveillé au meilleur des moments. Qualifié pour la finale avec le deuxième temps des demi-finales, Florent Manaudou arrive dans le bassin avec un grand sourire. Il en sortira avec des larmes de joie. Grâce à un excellent départ et un finish complètement dingue, le Tricolore décroche l'argent (21"55), derrière l'intouchable américain Caeleb Dressel (21"07) et juste devant le Brésilien Bruno Fratus (21"57). "La saveur de cette médaille est meilleure [que celle de Rio] parce qu'il y a un avion devant qui fait 21"07, résumait-il. C'est compliqué d'aller le chercher. Alors qu'à Rio, je perds pour un centième, c'est différent. J'ai arrêté, je suis revenu, j'ai pris du plaisir, je pense qu'il y a 95% des gens qui ne croyaient pas en moi, ça m'a boosté aussi". Florent Manaudou sur le podium des JO de Tokyo, le 1er août 2021, au Japon. (KEMPINAIRE STEPHANE / KMSP) Grâce à cette médaille, sa troisième d'affilée aux Jeux olympiques, Florent Manaudou sauve (encore) le bilan de la natation française, qui quitte le Japon sans aucun autre podium.2024 : le retour au sommet à la maisonTrois plus tard, Florent Manaudou est de nouveau au rendez-vous des Jeux. Le Tricolore de 33 ans s'offre un dernier défi, celui d'être médaillé olympique à la maison. Pour cette occasion, l'Aindinois revoit son hygiène de vie, notamment sur le plan alimentaire.

Objectif : passer sous la barre des 100 kg."Plus affûté que jamais" dans la piscine de Paris, le Tricolore passe proche de la correctionnelle en demi-finales. Son chrono de 21"64 lui permet d'accrocher la dernière place qualificative pour la grande finale. Onze ans après son titre olympique, le nageur de Marseille n'est plus qu'à une longueur de devenir le seul nageur à être médaillé sur 50 m nage libre lors de quatre éditions des JO. Le clapping de Florent Manaudou avant la finale du 50 m nage libre lors des JO de Paris, le 2 août 2024. (COUVERCELLE ANTOINE / AFP) Le jour J, le porte-drapeau de la délégation française apparaît détendu. Excentré au couloir 1, le Tricolore lance un clapping géant devant le public bouillant de Paris. Quelques secondes plus tard, Florent Manaudou sort sous les applaudissements du centre aquatique. Le vice-champion olympique en titre décroche le bronze en 21"56, derrière l'Australien Cameron McEvoy (21"25) et le Britannique Benjamin Proud (21"30)."La fierté de cette saison, c'est d'avoir réussi à pouvoir kiffer et être détendu sur une finale olympique", déclare celui qui décrochera aussi le bronze avec le relais 4x100 m 4 nages masculin. "Ma quête est terminée, elle s'est terminée pendant ces Jeux. J'arrêterai quand j'arrêterai, mais j'arrêterai l'esprit tranquille." Au terme d'une cérémonie émouvante, samedi à Saint-Denis, c'est désormais chose faite.