Dans le Soudan actuel, déchiré depuis 2003 par un quatrième conflit civil devenu guerre d'anéantissement, il est impossible de tourner un film. L'industrie créative soudanaise a connu une résurgence en 2019, à la suite d'une révolution populaire et d'un coup d'Etat militaire.

C'est donc en Egypte que la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani et ses équipes ont dû tourner Cotton Queen, en salles mercredi 5 août, pour sa proximité géographique et visuelle avec le Soudan, sa culture du coton, le Nil qui le traverse ainsi que l'importante communauté soudanaise exilée qui y vit. Après plusieurs courts-métrages produits depuis le Qatar où elle a étudié, Cotton Queen est son premier long-métrage.

Suzannah Mirghani raconte l'histoire de Nafisa, adolescente à l'orée de l'âge adulte, qui récolte l'or blanc avec les filles de son village dans les champs de sa grand-mère Al-Sit, "la reine du coton". Mais Al-Sit ne voit pas d'un bon œil cette "perversion" de sa petite-fille, qu'elle souhaite aussi pure que l'est son coton. Partagée entre sa grande admiration pour sa grand-mère et un sentiment de révolte face à ses injonctions, Nafisa tente de trouver sa voie.

Un jour, arrive au village Nadir, un industriel venu de Londres pour vendre des graines de coton génétiquement modifiées. Décider de son avenirCotton Queen imprime d'abord la rétine, par ses grands plans larges et lumineux sur les champs de coton, les plaines à perte de vue, sa rivière... Et crée très vite un cocon d'intimité confortable dans ce petit village du nord du Soudan. La sympathie pour Nafisa est quasiment immédiate.

L'adolescente est solaire, effrontée, et a la répartie cinglante. Elle forme avec sa mère un duo délicieux. La réalisatrice Suzannah Mirghani parvient à capter avec délicatesse les tourments adolescents : les envies d'ailleurs, les poèmes amoureux, mais aussi la confrontation de Nafisa avec les adultes qui l'entourent. On réalise encore une fois que toutes les familles cachent des secrets et que les adultes se battent parfois pour leur propre intérêt.

Ici, en dépit de celui de Nafisa. Une scène du film dans laquelle la bande de copines de Nafisa se moquent d'une tiktokeuse. (FRIDA MARZOUK / STRANGE BIRD) Le personnage d'Al-Sit, entourée de rumeurs et de légendes, permet de faire le pont entre deux époques de l'histoire du Soudan. L'une sous le joug de la colonisation anglaise et l'autre, celle où elle tente de se relever et de se développer.

En évitant de placer son histoire dans le temps et la tempête des soubresauts politiques du Soudan, Suzannah Mirghani en fait une utopie de lutte. Nafisa, telle sa grand-mère avant elle, se bat pour son indépendance et celle de la richesse, agricole entre autres, de son pays. Conte moderne, profondément féministe et anticolonialiste, Cotton Queen aborde subtilement et sans détour tous ces thèmes sensibles. Un premier long-métrage à ne pas rater.

L'affiche de "Cotton Queen" de Suzannah Mirghani, en salles le 5 août 2026. (WAYNA PITCH) La ficheGenre : DrameRéalisation : Suzannah MirghaniAvec : Mihad Murtada, Rabha Mohamed Mahmoud, Talaat FaridPays : Allemagne, France, Palestine, Egypte, Qatar, SoudanDurée : 1h33Sortie : 5 août 2026Distributeur : Wayna PitchSynopsis : Dans un village cotonnier du Soudan, l'adolescente Nafisa est élevée au milieu des récits héroïques de la lutte contre les colonisateurs britanniques racontés par sa grand-mère, la matriarche du village, Al-Sit.

Mais lorsqu'un jeune homme d'affaires arrive de l'étranger avec un nouveau plan de développement et du coton génétiquement modifié, Nafisa se retrouve au centre d'un jeu de pouvoir qui déterminera l'avenir du village. Prenant conscience de sa propre force, Nafisa se lance dans une quête pour sauver les champs de coton – et elle-même. Ni elle ni sa communauté ne seront plus jamais les mêmes.