Au Chili, le président d'extrême droite Antonio Kast a envoyé lundi au Sénat un projet de réforme constitutionnelle pour lutter contre le crime organisé. Alors que sa popularité diminue depuis quelques mois, il cherche à reprendre la main avec une véritable offensive sécuritaire.

Le président chilien José Antonio Kast s'entretient avec des policiers après avoir annoncé un nouveau programme en matière de sécurité et un durcissement des mesures relatives à l'immigration, sur la Plaza de Armas à Santiago, au Chili, ce jeudi 6 août 2026. AP Photo/Esteban Felix - Esteban Felix Par : Théo Conscience Publicité Lire la suite Deux semaines déjà avant le dépôt de ce projet, le président chilien avait annoncé un paquet législatif de trente réformes pour lutter contre le crime organisé. Avec le projet qu'il a déposé au Sénat lundi, il va encore plus loin et propose de modifier la Constitution du pays. José Antonio Kast souhaite notamment créer un nouvel état d'exception, en plus des quatre déjà prévus par la Constitution chilienne.

Ce nouvel état d'exception pourrait être décrété sur tout ou partie du territoire par le président, en cas de menace grave contre la sécurité publique, pour une durée de 120 jours renouvelable une fois sans passer par le Parlement. Pendant ces presque 8 mois potentiels, le président pourra restreindre ou suspendre des libertés individuelles comme le droit de circuler ou de se réunir, et pourra intercepter, ouvrir ou enregistrer toutes les communications en dehors du cadre judiciaire.

Le projet de réforme prévoit aussi la création d'un registre national des organisations criminelles et terroristes au Chili , sur le modèle de ce qui existe aux États-Unis . Ainsi que la création d'un régime pénitentiaire différencié et beaucoup plus sévère pour les personnes appartenant à ces organisations criminelles. À l'origine, le président chilien voulait aussi priver ces dernières des prestations sociales liées à la santé, à l'éducation et au travail, jusqu'à 15 ans après la fin de leur peine. Il a dû y renoncer devant les réticences de ses alliés de droite au Parlement.

Du côté de l'opposition de gauche, on s'interroge sur la nécessité de passer par une réforme constitutionnelle pour s'attaquer au problème de l'insécurité. Pedro Arraya Guerrero, sénateur du Parti pour la démocratie, une formation de centre gauche, pointe du doigt la fragilité du projet : « Je crois que le président Kast est très mal conseillé en matière de sécurité, dénonce-t-il. La réforme constitutionnelle qu'il a présentée ne va pas résoudre les problèmes des gens. C'est une pâle copie du Patriot Act aux États-Unis. On dirait que les conseillers du président ont utilisé l'intelligence artificielle pour faire la même chose qu'aux États-Unis en ignorant le fonctionnement des institutions chiliennes . »