Loin d’être un Graal qui permet de financer la restauration et l’entretien de sites remarquables, le patrimoine mondial de l’Unesco est aussi accusé de promouvoir le surtourisme et la gentrification. Au point que certains lieux demandent leur retrait de la prestigieuse liste, détaille la BBC.

Une vue aérienne du site d’Angkor au Cambodge, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, le 7 décembre 2021. Photo THOMAS CRISTOFOLETTI/NYT Partager Écouter l’article Ajouter aux favoris [Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 15 juin 2026 et republié le 17 août]

Pour de nombreux pays inscrire villes, villages ou encore sites exceptionnels au patrimoine mondial de l’Unesco est un objectif. Car, sur le papier, les bénéfices sont nombreux.

“Ce label, qui consacre les sites ‘ayant une valeur universelle exceptionnelle’, peut catapulter un lieu méconnu en destination mondialement reconnue”, liste la BBC . Mais le diffuseur public britannique relève que de plus en plus de sites souhaitent se débarrasser de l’appellation pour laquelle ils ont sué sang et eau. Alors pourquoi donc ce désamour grandissant pour ce label qui compte 1 248 lieux répartis sur 170 pays ?

“La liste du patrimoine mondial est née, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, d’une volonté de protéger les sites culturels et naturels d’importance menacés par les conflits, l’industrialisation et la modernité”, rappelle la BBC. Et comme l’Unesco peut permettre d’obtenir des financements internationaux pour la conservation, il s’agit de l’un des organismes les plus influents au monde en matière de protection du patrimoine. Une influence qui aiguise les appétits.

Les partisans du programme citent en exemple le site d’Angkor, complexe religieux cambodgien datant de l’empire khmer, où des décennies de travaux de restauration et de conservation financés par l’Unesco ont permis de sauver un site gravement endommagé par la guerre.

“Mais les choses ont bien changé depuis la naissance de la liste du patrimoine mondial. Avec les réseaux sociaux, le label Unesco, tout en participant à la protection d’un site, contribue aussi, par le tourisme, à bouleverser la vie des populations alentour”, note la BBC. Car, alors que pendant des décennies le programme concernait des sites archéologiques ou historiques, l’Unesco certifie, depuis plusieurs années, des sites ou des bâtiments au cœur de quartiers où les gens vivent et travaillent. L’agence des Nations unies est désormais accusée par certains acteurs locaux de promouvoir le surtourisme.

Plusieurs chercheurs désignent ce phénomène sous le terme de “muséification”, soit “la transformation progressive d’un lieu de vie en un site de plus en plus tourné vers les visiteurs, au détriment des habitants.” Un corollaire de la gentrification qui fait exploser les prix et nuit au confort de vie des habitants.

Reste qu’en attendant des réformes, plusieurs sites tels que le village slovaque de Vlkolinec, connu pour ses habitations typiques des Carpates particulièrement bien conservées, ou la zone de conservation de Ngorongoro, en Tanzanie, militent pour leur désinscription de la fameuse liste. Une demande que va examiner l’Unesco lors de la prochaine session du Comité du patrimoine mondial.

Dans l’histoire de l’Unesco, seuls trois sites ont réussi à quitter le patrimoine mondial : le sanctuaire de l’oryx arabe d’Oman, la vallée de l’Elbe à Dresde ainsi que le port marchand de Liverpool.

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