C'est l'histoire d'une rivalité relativement récente qui va pousser certains Français à soutenir l'un de ses voisins honnis pour le sacre suprême dans la plus grande compétition internationale. L'Espagne défie l'Argentine en finale de la Coupe du monde, dimanche 19 juillet, et de nombreux supporters des Bleus ont déjà fait leur choix sans trembler, ni hésiter longuement : ils soutiendront la Roja, en quête d'une seconde étoile après celle décrochée en 2010.

" : aux Etats-Unis, le show façon Super Bowl à la mi-temps de la finale de la Coupe du monde fait l'unanimité Pour certains internautes qui ont répondu à l'appel à témoignages de franceinfo, faire ce choix n'a rien de facile. Mais il s'impose. "J'aurais aimé que la France prenne la place en finale et il y a une légère amertume à devoir soutenir l'équipe qui nous a sortis, mais ce n'est pas possible de soutenir l'Argentine", évacue Camille, de Romainville (Seine-Saint-Denis).

Comme elle, ils sont nombreux à ne pas du tout avoir envie d'assister à une quatrième victoire de l'Albiceleste en Coupe du monde, après les éditions 1978, 1986 et 2022. Avec l'Argentine, "l'impression de voir du rugby"Sur le terrain, d'abord. "J'ai vu la demi-finale de l'Argentine contre l'Angleterre et j'ai eu l'impression de voir du rugby, pas du foot", regrette Delphine, de Toulouse, haut lieu de l'ovalie.

Au total, 19 fautes ont été sifflées lors de la première période, extrêmement hachée, avant que les comportements fautifs s'estompent lors du second acte, renversant. "Pour les Argentins, ça a l'air d'être la guerre tout le temps. "Patrick, supporter de l'équipe de Franceà franceinfoCe comportement lors des matchs se prolonge en dehors, estiment les internautes contactés par franceinfo.

La "grinta" argentine franchit parfois les limites, comme lorsque des coéquipiers de Lionel Messi ont repris en 2024 un chant raciste de leurs supporters, à l'encontre des Bleus, déjà entonné à de nombreuses reprises lors de l'édition 2022.

"La dernière finale me reste toujours en travers de la gorge : l'agressivité des Argentins (notamment des joueurs comme Leandro Paredes ou Rodrigo De Paul), le chambrage, le comportement d'Emiliano Martinez pendant les tirs au but et après, et évidemment les insultes racistes envers Kylian Mbappé, notamment lors de leur défilé au pays", énumère Joachim, du Loiret.

"Pour moi, ces insultes racistes, ce n'est pas possible, surtout quand la France a été attaquée de l'extérieur sur ces sujets", prolonge Delphine. "Les Espagnols ont été réglo""On pourrait aussi parler de l'arbitrage favorable à l'Argentine tout au long des éditions 2022 et 2026, ce qui pose question quand on voit la joie sur le visage de Gianni Infantino [le patron de la Fifa] lorsque l'Argentine gagne", insiste Rémi, d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Ces accusations, souvent relayées sur les réseaux sociaux, mais aussi par des sélections battues par l'Argentine, comme l'Egypte, ne reposent sur aucune preuve tangible. Et puis il y a ceux qui ne soutiennent pas l'Espagne par défaut. En tout cas, pas seulement pour empêcher l'Argentine de rester au sommet du foot mondial pour les quatre prochaines années. "Quand on prend un peu de recul, avec humilité, il faut savoir être bon perdant.

Et c'est ce qui m'a guidé vers l'Espagne", admet Guillaume, d'Aiffres (Deux-Sèvres). "Je l'ai trouvé d'un flegme et d'un calme admirables, il m'inspire vraiment confiance", reconnaît le jeune homme. Il y a aussi, d'un point de vue continental, un côté chauvin. Parfois, l'histoire familiale entre aussi en jeu. Martin habite à Malaga, en Andalousie, avec sa fille et son épouse, une Espagnole. "Ma fille a le maillot de Lamine Yamal et celui de Kylian Mbappé", s'amuse-t-il.

Il évoque la possible "joie parallèle" de voir la Roja rejoindre la France au palmarès, dimanche soir, avec deux étoiles. De rares voix en soutien à l'Albiceleste et MessiReste que la France ne sera pas d'une seule voix derrière la Roja, dimanche soir. Certains ont quand même décidé d'encourager les coéquipiers de Lionel Messi, dans l'un des derniers grands rendez-vous de sa carrière. C'est le cas de Jean-Christophe.

Et puis, en face, il n'y a rien de moins que le meilleur joueur de l'histoire, octuple Ballon d'or et peut-être double champion du monde dimanche soir, à 39 ans révolus. "Lionel Messi a été formidable, prolonge Jean-Christophe. Il a une science du jeu tout en marchant, en train d'analyser le jeu… Le rapport des Argentins avec Lionel Messi est particulier. Il était détesté, maintenant il est considéré comme le plus grand joueur, devant Diego Maradona".

À lire aussi "J'y ai laissé beaucoup de sueur" : avant la finale de la Coupe du monde, on vous raconte l'incroyable photo de Lionel Messi donnant le bain à Lamine Yamal Qu'ils soutiennent l'Espagne ou, plus rarement, l'Argentine, tous les soutiens des Bleus doivent digérer une élimination logique mais douloureuse en demi-finale, symbole d'une ère Deschamps qui s'achève sans dernier titre majeur.

Samedi soir, la bande de Kylian Mbappé a bouclé sa coupe du monde contre l'Angleterre par une défaite lors d'une petite finale folle (6-4) pour finir quatrième du Mondial. "Une sorte de match amical", balaie Patrick pour évoquer cet amuse-bouche aux saveurs amères avant le gros morceau final.