Le 28 avril 1969, après l'échec du référendum sur la régionalisation, le général de Gaulle annonce, à la surprise générale, sa démission de la présidence de la République, effective dès le lendemain, le 29 avril 1969. Quelques semaines plus tard, Johnny Hallyday enregistre pour la première fois l'une de ses chansons les plus emblématiques : Que je t'aime. À lire aussi "François Mitterrand, un président jeune pour une France moderne" : un tournant dans la communication politique ? L'amour est également présent dans la sphère politique. Il est d'ailleurs omniprésent durant la campagne électorale qui s'ouvre pour remplacer le général de Gaulle. Après un délai de décence d'une journée, son ancien Premier ministre, Georges Pompidou, annonce sa candidature.Le choix d'une campagne au contact des FrançaisGeorges Pompidou sait attirer la sympathie des partisans gaullistes, qui le connaissent depuis longtemps. Il a déjà mené avec succès plusieurs campagnes législatives. Il ne souhaite pas d'une campagne à l'américaine.

Son choix est tout autre : aller simplement à la rencontre des Français, sur le terrain et lors de meetings. Il sait sentir l'ambiance et trouve souvent le mot juste.La stratégie de Georges Pompidou tient en une formule qui, sans figurer officiellement comme un slogan ou un document de campagne, résume son positionnement : le changement dans la continuité. C'est l'idée qu'il sous-entend et que ses partisans reprennent.Ses affiches de campagne mettent toutefois en avant d'autres formules, comme "Avec la France pour les Français".

Une autre affiche proclame : "Il tient ce qu'il promet". L'image est celle d'un candidat solide.Le candidat du centre face à l'héritier gaullisteEn face, la concurrence s'organise autour d'un candidat du centre : le président du Sénat, Alain Poher. Celui-ci prend son temps avant d'annoncer sa candidature. Ce sont les sondages qui finissent par le convaincre, en laissant entrevoir une qualification pour le second tour, voire une victoire face au candidat gaulliste grâce aux reports de voix de la gauche.Alain Poher cultive, lui, un style différent, mais son slogan, "Un président pour tous les Français", n'est finalement pas si éloigné de celui de Georges Pompidou : "Avec la France pour les Français".Le concurrent du centre se présente ainsi devant les Français comme le candidat du bon sens : "Mes chers compatriotes, Président de la République par intérim depuis le 28 avril dernier, je vous avais promis d'assurer la continuité de l'État, de maintenir l'ordre public, en un mot, d'éviter le chaos. Avec l'aide du pays, j'ai tenu mes promesses.""N'est-ce pas la France qu'il faut d'abord servir ? Et les Français qu'il faut rassembler ? Vous jugerez vous-mêmes. J'ai la conscience tranquille." Alain Poher, candidat du centre aux élections présidentielles de 1969.Un slogan va néanmoins faire oublier aussi bien la campagne de Georges Pompidou que celle d'Alain Poher. Il est lancé par le candidat communiste Jacques Duclos.L'expression qui traverse les sièclesEn vue du second tour et refusant de départager Alain Poher et Georges Pompidou, Jacques Duclos fait placarder une affiche montrant leurs deux visages de profil, accompagnés de cette expression devenue célèbre : "Blanc bonnet et bonnet blanc". En meeting, devant les militants communistes, il s'en explique : "La bourgeoisie de notre pays qui ne met jamais tous ses œufs dans le même panier, présente en somme deux candidats qui sont des cousins germains, si ce n'est des frères siamois. Mais vous ne voterez ni pour Pompidou ni pour Poher." Le nouveau président français Georges Pompidou serre la main d'Alain Poher, président par intérim après le départ du général de Gaulle le 28 avril 1969, lors de sa cérémonie d'investiture, le 20 juin 1969, au palais de l'Élysée à Paris. (- / AFP) La formule amuse autant qu'elle marque les esprits. "Blanc bonnet et bonnet blanc" est en réalité une expression ancienne, puisqu'on la retrouve sous la plume de Marivaux, en 1723, dans La Double Inconstance.Georges Pompidou, agrégé de littérature, a sans doute apprécié ce retour singulier d'une expression française dans le débat politique. Devenu Président de la République, il montre, toutefois, sa singularité et demeure dans l'histoire comme le dernier président de l'expansion française.