Yeon Sang-ho aime les monstres, les zombies et les fantômes tout particulièrement. C'est en 2015 que son travail retentit à l'international avec Dernier train pour Busan, haletant film de zombies parfaitement exécuté. Il a depuis - entre autres - écrit pour Netflix une série animée d'horreur, Seoul Station (2016), réalisé le premier film de super-héros coréen, Psychokinesis, en 2018, et tourné une suite à son premier succès, Peninsula.
Il ne fait aucun doute que The Ugly, en salles le 29 juillet 2026 (sorti l'année dernière en Corée du Sud), détonne au milieu de tous ces films de genre. Plus petit budget, plus petite équipe de tournage : le film, tourné en moins d'un mois, est une adaptation du propre roman graphique du même nom de Yeon Sang-ho. Dans la Corée du Sud d'aujourd'hui, Dong-hwan supervise un documentaire tourné sur son père.
Le vieil homme est un graveur de sceaux aveugle, dont l'artisanat d'une grande délicatesse et d'une grande précision l'a rendu célèbre dans tout le pays. Dong-hwan, qui n'a jamais connu sa mère qu'il croyait partie lorsqu'il était bébé, décide d'enquêter sur elle. Tout le monde la décrit comme laide, affreusement laide ; au point de justifier tous les malheurs qui lui sont arrivés.
Miracle économiqueLe récit de The Ugly est construit sur une première partie qui installe lentement son cadre, avant d'assembler toutes les pièces du puzzle dans un second temps. C'est par des flash-back narrés par les personnes qu'il interroge que Dong-hwan parvient à saisir des bribes de “on m'a dit” au sujet de sa mère.
Ces souvenirs nous plongent dans une Corée des années 1970, aux couleurs beaucoup plus chaudes que le présent qui leur donnent une impression de moiteur et d'hyperactivité ambiante. C'est une Corée du Sud en plein essor industriel et en plein boom économique, période qu'on appelle encore aujourd'hui le “miracle de la rivière Han” dans ce pays qui a connu la guerre et la famine jusqu'aux années 1960.
The Ugly explore l'industrie du textile où règnent une cadence infernale et l'impunité des patrons véreux. Le choix le plus audacieux du réalisateur est de ne jamais montrer le visage de la mère. Il laisse ainsi au spectateur l'arbitrage moral de décider lui-même quel visage justifierait de tels actes… si tant est qu'ils soient justifiables.
Ainsi, The Ugly est à découvrir, non pas tant pour son mystère et son aspect haletant, qui tendent à s'essouffler très rapidement, l'histoire assez convenue devenant très prévisible, mais plutôt pour la fable sociale et morale qu'il explore.
Affiche de The Ugly de Yeon Sang-Ho (2025 WOWPOINT AND PLUS M ENTERTAINMENT) La ficheGenre : Drame, ThrillerRéalisation : Yeon Sang-HoAvec : Jeong Min Park, Hae-hyo Kwon, Shin Hyon BinPays : Corée du SudDurée : 1h32Sortie : 29 juillet 2026Distributeur : KMBOSynopsis : Aveugle de naissance, un maître artisan, admiré pour la beauté des sceaux qu’il grave, vit reclus avec son fils unique.
Mais cette paix vole en éclats lorsque les ossements de sa femme, disparue quarante ans plus tôt, sont découverts. Son fils entreprend alors de mener l’enquête sur ce passé. Cette quête de vérité va dévoiler de lourds secrets, de ceux qui touchent à la laideur humaine.

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